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Aéroport de Notre-Dame des Landes: le rapport d'experts ne privilégie aucune piste

Ce sera à Emmanuel Macron de décider. Selon les informations de RMC, le rapport d'experts sur la construction de l'aéroport de Notre-Dame des Landes, remis mercredi au 1er ministre, ne tranche pas en faveur de l'une ou l'autre des options. Le coût, notamment, est quasi similaire entre la construction d'un nouvel aéroport ou l'agrandissement de l'actuel infrastructure de Nantes.

C’est ce mercredi à 11h30 que le rapport des trois experts sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes sera remis au Premier Ministre. D'après les informations de RMC, le rapport ne va pas apporter de réponse clair ni de solution clé en main: il ne dit pas si, oui ou non, il faut construire l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Le rapport se contente de mettre à plat tous les éléments nécessaires aux politiques pour prendre une décision. "On a mis sur la table les vrais chiffres, on donne les véritables estimations", expliquait ces derniers jours l’un des experts.

Le coût de construction d'un nouvel aéroport a été estimé autour de 561 millions. Le coût de rénovation et d’extension de l'actuel aéroport de Nantes est estimé quant à lui entre 415 et 545 millions. Construire un nouvel aéroport ou rénover l'existant reviendrait donc quasiment aussi cher, contrairement à ce qui avait été avancé jusqu’à présent.

Au niveau du bilan carbone, c’est l’aéroport existant qui s’en sort le mieux, selon les experts. Ils expliquent par ailleurs que si des travaux d’agrandissement de l’aéroport actuel de Nantes sont entamés, des zones protégées seront alors mises en danger par le trafic aérien.

"Tous les jours, je change d'avis"

Les données sont brutes, à charge pour les politiques de faire la lecture qu’ils veulent. En clair, la décision va être avant tout politique. Si cet aéroport est en suspens depuis plusieurs dizaines d’années ce n’est pas un hasard. L’un des experts explique à RMC que chaque jour, il change d’avis sur cet aéroport. "Parfois je me dis il faut le faire, le lendemain je me dis: non, il ne faut pas le faire", nous confie-t-il. "Si vous regardez, en terme de bruit ou en terme de création d’emplois à court terme: oui, il faut le faire. Mais si vous raisonnez en terme d’argent à dépenser tout de suite et d’utilité, non il ne faut pas le faire, c’est de l’argent fichu en l’air". Cet homme raconte aussi les pressions, les menaces parfois.

"Des zadistes prêts à mourir"

De fait, Emmanuel Macron se donne un peu de temps pour décider et enfin trancher sur ce dossier plus que sensible politiquement. Il a jusqu'en février pour se prononcer. Notamment en ce qui concerne la sécurité sur la ZAD (zone à défendre, occupée par des activistes) de Notre-Dame des Landes. Si on annonce la construction de l’aéroport et qu’on intervient ensuite pour évacuer la ZAD, ça va être une "boucherie", confie un politique qui connait bien la zone. "Il y a des gens dans la ZAD qui sont prêts à en découdre, poursuit un conseiller au sein du gouvernement. Ils sont prêts à mourir en martyre pour cette cause. On craint que l’évacuation de la ZAD fasse des victimes, comme à Sivens, où un militant avait perdu la vie lors d'une intervention des forces de l'ordre.

280 millions d'euros de compensation

Il y a un autre sujet qui préoccupe l’exécutif, c’est la question de la fermeture de l’aéroport de Rennes. Si Notre-Dame des Landes voit le jour, c’est pour être l’aéroport du Grand Ouest. La question de la fermeture de l'infrastructure rennaise se posera alors, expliquent des proches du chef de l'Etat.

Enfin, il y a la question des pénalités à payer à Vinci, si l’aéroport ne se fait pas. Selon nos informations, des discussions ont déjà été engagées avec l'entreprise qui a obtenu le contrat de concession de l’aéroport. L’Etat devra payer autour de 280 millions d'euros de compensations à Vinci pour le manque à gagner.

Stéphanie Collié (avec P. G.)