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Alstom: "Peut-être que dans les jours à venir il faudra se mettre en grève plus durement..."

REPORTAGE - Le gouvernement a engagé des discussions tous azimuts mardi sur l'avenir du site d'Alstom à Belfort, menacé d'un transfert massif d'activité, pour tenter de trouver au plus vite une solution à ce dossier. Car, sur place, la grande majorité des salariés n'a pas l'intention d'aller travailler à plus de 200 kilomètres de Belfort.

Dix jours jours. Le gouvernement s'est donné dix jours pour venir en aide aux 400 salariés d'Alstom menacés. Le président de la République, tout comme le Premier ministre, ont en effet réaffirmé leur intention de ne pas laisser la direction fermer l'usine de Belfort. Il faut dire que mardi matin la tension est montée d'un cran. Un mail envoyé par la direction du groupe Alstom sur les boîtes des salariés annonçait la fermeture du site de Belfort. Une erreur a dit ensuite le groupe: ce mail datait de plusieurs jours et n'aurait jamais dû être envoyé.

Dans l'après-midi, la direction du site semblait plus ouverte à la discussion. Mais les syndicalistes, eux, n'attendent qu'une chose : une remise en cause du transfert de l'activité vers Reichshoffen, une commune au nord du Bas-Rhin. Car, sur place, pour la grande majorité des salariés menacés, il n'est pas envisageable d'aller travailler à plus de 200 kilomètres de Belfort. Parmi eux, Bruno, rencontré à la sortie de l'usine, ingénieur au bureau d'études.

"Les gens n'ont pas le cœur à travailler"

"Je ne suis pas tout seul. Mon épouse travaille aussi sur le secteur. Je ne peux pas non plus tout plaquer pour aller vers un autre site où il se passera peut-être la même chose", explique-t-il. Quelques minutes plus tard, son collègue Stéphane finit lui aussi sa journée et presse le pas pour aller chercher sa fille à l'école. "C'est quitter une région dans laquelle on vit depuis 20 ans, une maison qu'on n'a pas encore payée et dans laquelle on se sent bien pour aller dans un endroit que l'on ne connaît pas, argumente-t-il. D'autant plus que l'on sait que la plupart des régions sont un peu plus chères que chez nous".

"C'est dur. Tous les matins je me dis que c'est peut-être la dernière fois que je verrais Alstom ici", ajoute-t-il. Comme eux, une majorité de salariés refuse de partir. "Les gens n'ont pas le cœur à travailler. Ils attendent de voir ce qu'il se passe, assure Eddy Cardot délégué CGT Alstom. Peut-être que dans les jours à venir il faudra se mettre en grève plus durement... On a les moyens de bloquer le site". Premier test décisif pour eux: ce jeudi, à l'occasion de la grande manifestation prévue à Belfort, les salariés comptent sur la mobilisation de tous les habita nts. "Le bras de fer est engagé et nous voulons absolument le gagner, affirme, très remonté, Olivier Koehler, délégué CFDT Alstom Belfort. Ce jeudi on va mobiliser pour montrer que les Alstom ne sont pas morts et que l'on va se battre."

M.R avec Amélie Rosique