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Faut-il interdire la publicité pour les voitures les plus polluantes? Ça fait débat sur RMC

La loi d’orientation des mobilités (LOM) est actuellement en discussion à l’Assemblée nationale. Et un amendement, déposé il y a plusieurs semaines, propose d’interdire la publicité pour les voitures qui émettent plus de 60 grammes de CO² par kilomètres.

C’est un amendement pour le moins restrictif. Des députés ont, dans le cadre de la loi d’orientation des mobilités, proposé que la publicité pour les voitures qui émettent plus de 60 grammes de CO2 par kilomètre soit interdite. Cela veut dire en fait pour tout ce qui roule, à part les voitures électriques et les hybrides rechargeables. Pour le reste, fini la publicité à la télé, à la radio, ou dans la presse. Exactement comme la loi Evin pour l’alcool ou le tabac. 

L’objectif évident, c’est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Selon une étude de l’ADEME, publiée la semaine dernière, elles sont reparties à la hausse l’an dernier. 112 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne. Principaux responsables, selon l’étude, les véhicules SUV, très appréciés des automobilistes. L’an dernier, les SUV représentaient plus de 36% des ventes. Dans les pubs, ils sont souvent présentés comme des citadines +, alors qu’ils sont beaucoup plus gourmands en carburant. Une aberration pour Matthieu Orphelin, député du Maine-et-Loire, auteur de l’amendement. 

"J’ai vu encore ce week-end des publicités pour des pick-up, un gros véhicule de plus de deux tonnes qui consommes plus de 8L au cent, et la publicité pour le vendre disait que c’était une superbe voiture, citadine, pour l’usage des familles en ville. Tout ça, ça doit cesser, je crois que la publicité pour les voitures doit se recentrer progressivement vers les véhicules les moins polluants, les moins émetteurs de gaz à effet de serre. C’est un amendement pour poser le débat", affirme-t-il. 

Vers la fin de la vente des véhicules essence et diesel

Un amendement lourd de sens quand on regarde ce que représente le marché de la publicité automobile: 3 milliards et demi d’euro par an, rien qu’en France. Avec en tête, les constructeurs français: Renault, Peugeot et Citroën. Des publicités qui doivent continuer d’exister pour inciter les Français à acheter des véhicules moins polluants, selon Francis Bartholomé, président du conseil national des professions de l’automobile. 

"L’objectif, on le veut tous. On est d’accord pour les voitures hybrides, mais on est aussi d’accord pour renouveler le parc ancien, c’est-à-dire les voitures les plus polluantes. La publicité aujourd’hui, elle est basée sur un business extrêmement important encore. Tout le monde en vie et il faut bien que les usines tournent pour que le business avance. Il faut être raisonnable. On comprend bien l’envie excessive, mais elle ne doit pas perturber l’économie intelligente", détaille-t-il. 

Dix pays d’Europe ont déjà décidé d’interdire, non pas la pub, mais carrément la vente des véhicules essence et diesel. Ce sera le cas dès 2025 en Norvège et dès 2040 en France.

Matthieu Rouault avec Guillaume Descours