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Fonction publique: les syndicats appellent à la grève et dénoncent un recours élargi aux contractuels

La fonction publique mobilisée ce jeudi, et c'est plutôt rare, voire même "inédit", selon la CGT. L'ensemble des syndicats de fonctionnaires appellent donc les 5,5 millions d'agents publics à une journée d'actions et de grève.

Des manifestations sont prévues un peu partout en France. En ligne de mire, le projet de loi de réforme de la fonction publique. Le texte, sera présenté en première lecture aux députés à partir de lundi. Le gouvernement souhaite faire adopter ce texte avant l'été pour une application au 1er janvier 2020.

Les syndicats dénoncent un "passage en force du gouvernement" et "des dispositions qui ont une portée très grave", tant pour les agents et citoyens que pour l'avenir des services publics.

Un million de contractuels en France

Une grève qui aura "une certaine importance", a concédé Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education. Il s'attend à un taux de grévistes d'environ 15% dans le premier degré, moins dans le second degré.

Ce qui braque le plus les syndicats, c'est l'élargissement du recours au contrat. Des contractuels, qui n'ont donc pas le statut de fonctionnaire, pourront être embauchés dans toutes les catégories, dans les trois versants de la fonction publique: Etat, hôpitaux et collectivités.

Les syndicats avancent qu'il y a déjà un million de contractuels en France et le chiffre ne cesse d'augmenter d'année en année. Ils parlent de privatisation du service public.

"On peut perdre notre boulot d’une année sur l’autre"

30.000 postes sont occupés par des contractuels dans l'Education nationale, selon les chiffres de l’UNSA. Sébastien est professeur d'histoire-géo depuis 14 ans, autant d'années sous le statut de contractuel, c'est avoir, dit-il, les responsabilités du fonctionnaire sans la garantie d'emploi.

"C’est la précarité totale dans le sens où tous les ans on change de poste, d’établissement, on n’a pas de collègue sur lesquels on peut s’appuyer dans le temps long. Et surtout, en terme de salaire, ça veut dire que du jour au lendemain, le salaire peut baisser et on peut aussi perdre notre boulot d’une année sur l’autre".

"Pas de perspective de carrière et d’emploi sur la durée"

Le gouvernement encourage le recours accru aux contractuels et ça crispe beaucoup Luc Farré, secrétaire général du syndicat UNSA fonction publique

"Quand vous travaillez pendant trois ans et qu’à l’issue de ces trois ans, votre contrat n’est pas renouvelé, ça veut dire que vous n’avez plus d’emploi. A la différence du privé, il n’y a pas d’indemnité quand on est en fin de contrat dans la fonction publique. Dans notre pays, alors que le chômage est aussi développé, il n’est pas très logique d’avoir des contractuels qui n’ont pas de perspective de carrière et d’emploi sur la durée".

Le projet de loi prévoit également une refonte, comme dans le privé, des instances de dialogue social, la possibilité de procéder à des ruptures conventionnelles ainsi que des mesures pour favoriser la mobilité des agents. Et pas toujours avec leur consentement lorsque ceux-ci sont détachés vers le privé notamment.

Dans son allocution fin avril, le président Macron s'est dit prêt à revenir sur la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires d'ici 2022 et cesser la fermeture de classes et d'hôpitaux. Pas suffisant pour calmer la colère de syndicats.

Pierrick Bonno et Anaïs Denet (avec Caroline Petit)