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L’ouverture à la concurrence de la SNCF va-t-elle améliorer le service? Ça fait débat sur RMC

Le gouvernement présente ce matin en conseil des ministres le projet de loi sur les ordonnances pour réformer la SNCF. Concrètement, d’ici 2021 des opérateurs étrangers ou privés pourront faire rouler leurs trains sur les rails français.

La réforme de la SNCF se rapproche. Ce mercredi matin le projet de loi autorisant le gouvernement à légiférer par ordonnances pour lancer sa réforme sera présenté en conseil des ministres. Une réforme qui prévoit l'ouverture du rail à la concurrence, à l'image de ce qui existe déjà dans de nombreux pays européens. Au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, en Italie, au Portugal, aux Pays-Bas, en Suède, en Pologne, en Espagne, les trains privés ont fait leur apparition, parfois depuis les années 90.

Partout cette libéralisation du rail a entraîné la disparition d’un statut qui assurait l’emploi à vie pour les cheminots. Et côté voyageurs, on a désormais le choix, comme pour l’avion. Soit on voyage comme avant avec l’opérateur national, soit on opte pour une compagnie privée, les Easy Jet ou les RyanAir du rail. Elles s’appellent RegioJet, Leo Express ou Flixtrain et proposent parfois des services différents à bord. Surtout elles n’affichent pas les mêmes tarifs.

Pas de baisses massives des tarifs

Mais le prix du billet ne devrait pas massivement baisser. Il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé au Royaume-Uni rappelle Jacques Baudrier, conseiller communiste de Paris, administrateur du syndicat des transports d’Ile-de-France: "On a eu des augmentations de tarif massives: les Anglais consacrent 14% de leur revenu aux dépenses de transport. Les opérateurs privés vont s'intéresser aux lignes les plus rentables. Ça pourra amener à délaisser les petites lignes. L'ouverture de la concurrence est un mirage, ça veut dire plus de train du tout".

Car libéralisation ne veut pas dire privatisation. Les lignes et les gares appartiendront toujours à la SNCF. L’Etat et les régions pourront choisir à quels opérateurs ils souhaitent confier le service. Il n’est pas question d’abandonner les lignes les moins fréquentées, ni de lésiner sur la qualité et la sécurité.

Le même degré d'exigence pour chaque compagnie

Chaque compagnie, privée comme publique, sera soumise au même degré d’exigence. Et si l’une améliore son offre, les autres devront se mettre au niveau. Sorte de cercle vertueux qui s’est opéré notamment en Allemagne, explique Gilles Dansart, spécialiste du transport ferroviaire: "On va augmenter le niveau de l'offre: des trains de meilleure qualité, mieux entretenus, une meilleure régularité. Il ne faut pas s'attendre à une révolution du service mais à une meilleure prise en compte de l'usager car si l'opérateur n'a pas un service de qualité, son contrat n'est pas renouvelé".

L’important, c’est que l’Etat reste maître de l’infrastructure et continue d’entretenir les rails sur toutes les lignes. Mais ça veut dire un billet plus cher. Dans les pays où ce n’est pas le cas, Italie, Portugal, le service s’est dégradé et les accidents et les retards ont été plus nombreux.

Matthieu Rouault (avec P.B.)