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"Où va-t-on mettre nos véhicules?": à Rouen, les ZFE, "zones à faible émission", font débat

Les véhicules Crit'Air 4 et 5 sont interdits à Rouen (Seine-Maritime) et une dizaine de villes de sa métropole, depuis le 1er septembre. Pour autant, aucune amende ne sera appliquée jusqu'au mois de mars, en cas de non-respect: une mesure de bon sens pour les habitants qui continuent à rouler. D'autres comprennent la mesure, mais dénoncent le manque d'alternative.

Depuis le 1er septembre, les véhicules Crit'Air 4 et 5 ne peuvent plus rouler à Rouen (Seine-Maritime) et dans une dizaine de communes de sa métropole, devenues zones à faible émission (ZFE). Aucune amende n'est mise pour le moment en cas de non-respect et ce, jusqu'au 1er mars. Les automobilistes concernés continuent donc de conduire avec ces voitures, faute de moyens pour en racheter une autre.

"J’ai mes études à payer, j’aimerais bien avoir un appartement, j’ai des projets avant. Où va-t-on mettre nos véhicules? Je n'ai pas envie de la mettre à la casse, ça n'est pas possible", explique Marina, apprentie coiffeuse, qui conduit une voiture classée Crit'Air 4.

Elle habite à Darnétal, à quelques kilomètres de Rouen, et devra bientôt trouver une solution pour continuer à se déplacer.

"La méthode est lamentable"

Certains concèdent que ces zones de faible émission sont une bonne chose pour la planète, mais estiment que la façon de faire n'est pas acceptable.

"La méthode est lamentable, rien n’est prêt pour que justement les gens puissent accéder à des moyens de transport adéquats", affirme, de son côté, Sylvie.

À Déville-lès-Rouen, cette commune de 10.500 habitants, la règle va aussi devoir s'appliquer. Il y aurait près de 900 véhicules Crit'Air 4 et 5. Le maire ne comprend pas la décision du gouvernement.

"Je ne vois pas comment aujourd’hui on peut obliger les Français à acheter des véhicules. Ils n'en ont pas les moyens pour beaucoup et ça n’est pas opportun. Moi je plaide plutôt pour un moratoire, un recul des délais et non pas un contrôle", souligne Dominique Gambier, l'édile.

11 métropoles concernées

D'ici 2024, des amendes automatiques seront mises pour les véhicules polluants dans les grandes métropoles, a annoncé mardi le gouvernement. Concrètement, les voitures Crit'Air 5, 4 puis 3 seront progressivement interdites dans les zones à faible émission: chaque métropole met en place les interdictions à son rythme. Pour l'heure, 11 d'entre elles sont concernées mais d'ici 2025, elles seront 43. Cela correspond à toutes les métropoles de plus de 150.000 habitants.

Pour accompagner les foyers dans l’achat de véhicules propres, différentes aides existent déjà ou sont renforcées: hausse du bonus écologique, surprimes de 1.000 euros et à partir du 1er janvier 2023, l’expérimentation d’un prêt à taux zéro afin de financer le reste à charge sur l’achat d’un véhicule propre. L’État dit aussi regarder pour envisager de garantir ces prêts pour les foyers modestes.

L'objectif est clair: lutter contre la pollution de l'air. D'après Santé publique France, 47.000 décès y auraient été liés en 2021.

AB avec Kévin Gasser