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Uber files: "Il y a une cohérence dans l’action d’Emmanuel Macron" selon Thomas Thévenoud

Ancien secrétaire d’Etat, à l’origine de la loi de 2014 qui encadre l’activité des VTC, Thomas Thévenoud revient sur le rôle d’Emmanuel Macron lors de l’arrivée d’Uber en France, dans "Apolline Matin" ce mardi sur RMC et RMC Story. Et souligne la cohérence de l’actuel président de la République sur ce sujet.

L’arrivée d’Uber en France

"Uber s’est implanté en France avant Emmanuel Macron, en décembre 2011 de mémoire. Travis Kalanick, le fondateur d’Uber, était venu faire un sommet de la tech à Paris et avait constaté qu’il n’y avait pas assez de taxis. Et il a fait de Paris la cible privilégiée d’Uber, hors Etats-Unis. Il a décidé de s’implanter à Paris. C’est vrai que le système des taxis était à moderniser, à l’époque. C’est ce que nous avons fait dans la loi de 2014, nous avons modernisé les taxis. Aujourd’hui, les taxis acceptent la carte bleue, il y a des forfaits aéroports… On a numérisé le monde du taxi. En parallèle, les VTC étant arrivés, on a essayé en tant que législateur de poser un cadre juridique à leur activité. C’est dans le cadre de ces discussions qu’Emmanuel Macron est intervenu, puisqu’il était favorable à ce qu’il y ait une concurrence aux taxis. Et il l’était depuis assez longtemps. Il était dans la commission Attali en 2008, dont il était le rapporteur. Il avait déjà expliqué des choses sur le fait qu’il fallait des concurrents aux taxis. Il a participé à cette arrivée d’Uber en France, comme d’autres. Moi, j’ai essayé de lui expliquer qu’il fallait que la concurrence respecte un certain nombre de règles du jeu économique."

Les divergences dans le gouvernement sous François Hollande

"Emmanuel Macron avait une position sur l’ubérisation de la société ? Oui, évidemment. Et François Hollande n’avait pas de position ? Oui, et pas que sur ce sujet-là. Je crois qu’Emmanuel Macron a toujours pensé que l’ubérisation était plutôt une bonne chose parce que ça permettait de créer des emplois. Moi, et d’autres, on a essayé de lui expliquer que certes, il fallait créer des emplois, de la concurrence dans ce secteur des transports qui avait besoin de se renouveler, mais qu’il fallait aussi des règles. Ça ne peut pas être le far-west ou la jungle."

Le rôle d’Emmanuel Macron

"Que le ministre de l’Economie discute avec des entreprises, c’est tout à fait normal. C’est même son rôle et sa fonction. Après, qu’il y ait des députés qui relaient des intérêts d’entreprises, oui ça existe. Oui, il y avait des députés, y compris de gauche, qui étaient farouchement contre les taxis et pro-Uber. Certains ont d’ailleurs ont été cités dans les articles. Ça a été un combat, à l’époque. Emmanuel Macron avait un rôle au sein du gouvernement. Il y avait des oppositions internes et il n’y avait pas forcément un arbitre pour siffler la fin de la partie. A tel point qu’ensuite, Emmanuel Macron s’est tiré et a vogué vers d’autres horizons."

"Il faut se méfier des jeux de rôles. On a l’impression depuis hier que certains, comme Bernard Cazeneuve, étaient pro-taxis. C’est toujours plus compliqué que ça. C’est vrai qu’Emmanuel Macron a joué un rôle au gouvernement, qui consistait à accueillir les arguments en faveur d’Uber et de son développement en France."

La position actuelle d’Emmanuel Macron

"Il y a une sorte de cohérence, un fil rouge, dans l’action d’Emmanuel Macron. Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ont toujours dit qu’ils n’étaient pas pour la requalification. Or, aujourd’hui, le sujet, c’est comment on fait en sorte que ces chauffeurs VTC soient protégés, qu’ils aient des conditions de travail correctes, qu’il y ait en quelque sorte une responsabilité sociale des plateformes."

"Je ne veux pas parler en son nom, je ne suis pas son porte-parole, loin de là. Mais je pense qu’il y a une certaine cohérence. Quand le commissaire européen au travail, Nicolas Schmit, propose une directive pour requalifier les travailleurs de plateformes, les chauffeurs VTC, la position officielle du gouvernement français, c’est d’être en désaccord avec cette directive. Alors qu’on sait que le gouvernement français est par ailleurs très pro-Européen. Il y a une forme de cohérence. Pourtant, il y a des problèmes qui se posent dans le secteur, qui touchent notamment les conditions de travail des chauffeurs et qu’il faudra bien régler un jour. Cette question n’est pas que française. Elle ne concerne pas qu’Emmanuel Macron. Elle n’est pas qu’européenne, elle est mondiale."

LP