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Coupe du monde: quand la technologie investit le Mondial

Le football est un sport de plus en plus technologique et cette coupe du monde en est une illustration frappante. Du ballon à la data, de nombreuses innovations technologiques arrivent lors de cette Coupe du monde au Qatar.

Il s'appelle "Al Rihla" et donne l'impression d'être un ballon tout à fait normal. Sauf que le ballon officiel de cette Coupe du monde est un petit bijou de technologie. Il s'agit en effet d'un ballon connecté, bardé de capteurs électroniques, censé aider les arbitres à prendre la bonne décision, notamment à détecter plus précisément les hors-jeux. A l’intérieur, des capteurs de mouvement vont analyser sa position 500 fois par seconde, et envoyer cette information vers 26 antennes positionnées autour du terrain. Ces informations vont être combinées avec les positions des joueurs, captées par 12 caméras "hawkeye", où 29 points du corps sont suivis en temps réel. A partir de ces données, les arbitres vidéo reçoivent des alertes automatiques en temps réel quand il y a hors-jeu.

En combinaison avec la VAR, qui n’est pas parfaite et reste contestable en fonction de la qualité de l’image sur l’action, du moment où l’arbitre vidéo arrête l’image, ce "hors-jeu automatique" enlève tout doute possible. C’est aussi ce qui génère les rendus 3d des joueurs au mm près que l'on a pu voir à la télévision sur les hors-jeu. Pour les joueurs, il n'y a aucune différence: il fait exactement le même poids qu’un ballon normal. Testé à l’aveugle avant la compétition, il comprend même une batterie rechargeable.

Des donées précieuses pour les joueurs

Mais ces technologies permettent d'éviter les erreurs d'arbitrage mais aussi d’avoir un suivi très précis des performances des joueurs. Les joueurs ont accès à des données auxquelles nous autres pauvres spectateurs n’avons pas accès. Pour la première fois à l'occasion de ce Mondial, ils ont une application sur leur smartphone qui s’appelle "FIFA Player App", qui leur permet, dès le coup de sifflet final, d’avoir toutes leurs statistiques détaillées, avec des heat maps, qui montrent leur présence à chaque point du terrain, le nombre de sprints, la vitesse maximale, la pression qu’ils ont exercée sur la défense adverse, mais aussi des vidéos de chacune de leur touche de balle captée par différents angles et des photos à partager sur les réseaux sociaux.

Une sorte de débriefing personnel, qui s’ajoute à celui des data-scientists, les informaticiens qui font partie de l’équipe, au même titre que les médecins. Des capteurs électroniques placés sur les joueurs, à l’entraînement, décortiqueront en temps réel toutes leurs performances, pour permettre aux coach de prendre la meilleure décision. C'est ce que la FIFA appelle les systèmes de suivi de performance électroniques: capteurs, tracker GPS dans le dos… vont analyser leur placement, leur vitesse, leur rythme cardiaque, leur température,... Bref, la charge de travail qu’ils réalisent pendant un match. Toutes ces données permettent de prendre des décisions comme faire sortir un joueur dans le rouge avant qu’il ne se blesse par exemple. C’est presque devenu le 12e homme de l’équipe ou le 13e si on dit que le supporter est le 12e.

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Une méthode efficace

Ces analyses sont parfois décisives. En 2014, lors de la finale Allemagne-Argentine, à la 88e minute, alors que le score est de 0-0, le sélectionneur allemand, Joachim Low, fait entrer Mario Götze, qui va marquer le but de la victoire. Cette décision, ce coup de génie, on le sait maintenant, elle est en partie due à la technologie. A l’entraînement, les Allemands utilisaient des capteurs électroniques, baptisés MiCoach, qui analysent en permanence leurs actions, rythme cardiaque, vitesse, nombre de sprints, à quel moment précis ils se fatiguent.

C’est en partie à partir de ces données, qui montraient que Götze avait l’explosivité qui pouvait faire la différence dans ce genre de situation, que la décision a été prise de le faire entrer. Pour ce qui est de dénaturer le sport, c'est vrai que la science et les stats à tout va peut donner l'impression d'aseptiser le jeu, de le rendre plus lisse, mais ça évite aussi les controverses. Sous l’œil numérique infaillible, la main de Dieu n’aurait jamais eu lieu.

Anthony Morel