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Etats-Unis: des "robots policiers" bientôt autorisés à tuer les criminels?

A San Francisco (Californie), la police pourrait bientôt avoir recours à des alliés assez terrifiants dans la lutte contre la délinquance. Des robots capables de tuer les criminels.

"RoboCop" pour de vrai. Le SFPD, le département de police de San Francisco, a demandé très officiellement au conseil municipal, qui doit statuer ce mardi, l’autorisation de déployer des robots censés pouvoir neutraliser un suspect dans certains cas extrêmes où la vie des policiers ou des civils est en jeu. Ce n’est pas un humanoïde façon Terminator. En fait, l’idée serait d’utiliser des robots de déminage, déjà équipés de balles à blanc (qui servent à déclencher certains explosifs). On les remplacerait alors par des balles réelles. Il faudrait quand même une intervention humaine, autrement dit c’est quand même un humain qui prend la décision de tirer, pour l’instant…

Il y a déjà un précédent. Lors d’une tuerie à Dallas en 2016, la police envoie vers le forcené retranché un robot chargé d’explosifs qui va venir déposer une charge près du tireur, qui va être déclenchée à distance par la police et le tuer. Il y a tout un débat dans le domaine militaire autour de robots qui pourraient décider eux-mêmes, sans aucune intervention humaine, de tirer et de tuer. Le nom technique, ce sont les SALA, les systèmes d’armes létaux autonomes. On parle en fait du mariage entre des armes et de l’intelligence artificielle. Des armes capables de verrouiller une cible et de prendre la décision, en fonction de critères informatiques programmés à l’avance, de tirer sans aucune intervention humaine et avec des résultats beaucoup plus "efficaces" que le meilleur des snipers. Ce qui ouvre une boîte de pandore juridique, éthique et philosophique.

Les robots sont déjà utilisés un peu partout dans le monde par la police, mais pas de manière aussi extrême. Ce sont des auxiliaires de police de plus en plus courants. A Singapour, par exemple, les autorités ont commencé à déployer des robots traqueurs d’incivilités. Vélos mal garés, emballages jetés par terre… Niveau apparence, ce n’est pas encore Terminator, on est plus proche de R2D2. Ce sont des petits véhicules montés sur roues, qui se baladent sur le trottoir et qui scannent tout ce qui se passe autour d’eux. Ils sont équipés de sept caméras censées détecter ce que les autorités appellent des "comportements sociaux indésirables" et qui vous réprimandent verbalement si vous ne vous comportez pas bien. Mal ranger son vélo, fumer dans une zone interdite, ne pas respecter les règles de distanciation physique pendant le Covid…

Des robots déjà prêts

En Chine, par exemple, certains modèles plus sophistiqués sont déjà équipés de tasers. Il y a un robot de sécurité baptisé Anbot, déjà déployé dans certains aéroports, là encore équipé de systèmes de reconnaissance faciale, de capteurs qui permettent de détecter les explosifs ou les agents biochimiques (un outil intéressant dans le cadre de la lutte anti-terroriste), mais aussi d’un taser activé à distance par un agent humain situé dans une salle de contrôle et qui prend la main sur le robot en cas d’urgence. Il est capable de poursuivre un malfaiteur à 18 km/h avant de le neutraliser…

Cela répond aussi à une pénurie de main d’œuvre dans les forces de l’ordre. Une crise des vocations. Comme dans beaucoup de domaines, on veut leur confier les tâches les plus dangereuses ou les plus fastidieuses et ingrates. La verbalisation, par exemple. Dubaï imagine que d’ici 2030, un quart de ses forces de police seront des robots. En l’occurrence, il s’agit d’humanoïdes d’1m70 pour 100 kg, avec des bras et des mains articulées, et il porte une casquette de policier qui va arpenter les rues de la capitale. Pour l’instant, on lui a confié des tâches subalternes, relativement simples, pas question de poursuivre les malfaiteurs.

Mais c’est un début. Il peut encaisser des amendes, de stationnement par exemple, grâce à son écran tactile ventral. Et surtout il est équipé de caméras et de scanners qui vont lui permettre d’analyser un visage à 20 mètres de distance au milieu d’une foule et d’envoyer les images en temps réel à un PC de sécurité. Donc il peut repérer un individu suspect déjà fiché et prévenir ses collègues humains. Il est aussi équipé de micros reliés au commissariat: en cas de problème, d’agression, s’il ne peut pas agir directement (pour l’instant), il peut au moins prévenir ses collègues humains qu’il y a une urgence.

Anthony Morel