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L'avion électrique est-il le transport du futur?

Les projets d'avions électriques ne cessent d'émerger. Moins de bruit, plus de kérosène, mais des batteries encore très grosses et consommatrices en matières rares à la production et difficiles à recycler. Est-ce que l'avion électrique sera le transport du futur? Les explications d'Anthony Morel.

Un avion sans bruit, sans une goutte de kérosène. Alors que le secteur aérien représente 2% des émissions mondiales de CO², il existe plusieurs centaines de projets d’avions électriques à travers le monde. Il y a quelques jours aux Etats-Unis a eu lieu le premier vol d’Alice, qui sera probablement le premier modèle d’avion électrique commercial. Un petit avion, 9 passagers maximum, aux lignes épurées propulsé grâce à des batteries électriques (lithium ion, comme celles d’un smartphone ou d’une voiture), qu’on recharge à l’aéroport, comme une Tesla.

Avec son autonomie de 500 km environ (d’autres modèles montent à 1500km), il ne serait pas destiné aux longs courriers mais à des vols intérieurs. Les avantages: pas de bruit, puisque ces avions sont silencieux, et la réduction des émissions de CO². Plus de carburant: ce serait "tout bénéf'" pour les compagnies aériennes qui ont un objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Ça permettrait éventuellement aussi de faire baisser les prix du billet et aussi de toucher une corde sensible: celle de l’écologie, à l’heure de ce qu’on appelle le "flight shame", cette honte qu’on désormais certains de prendre l’avion pour des raisons de conscience verte.

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Le problème de la taille des batteries

Par contre, il faut être clair. On ne va pas remplacer les A380 et autres monstres des airs par des avions électriques. En tout cas pas tant que les batteries ne seront pas beaucoup plus efficaces qu’aujourd’hui –ce qui arrivera un jour, et tous les constructeurs misent sur une réduction de leur taille dans les cinq à dix ans. La Nasa notamment travaille sur le sujet avec le groupe General Motors. Ce sont elles qui prennent toute la place dans ces avions.

En effet, les batteries représentent 60% du poids de l’appareil environ. Pour l’instant, un avion électrique, ce sont des grosses batteries avec des ailes et un cockpit et éventuellement quelques passagers. Autre option explorée: des moteurs hybrides. On décolle en mode électrique, donc moins de bruit et moins de pollution au départ, là où un avion consomme le plus, et une fois en l’air on repasse au kérosène.

De nombreuses compagnies intéressées

En tout cas ça intéresse très sérieusement les compagnies aériennes: United Airlines par exemple, envisage des vols commerciaux en mode électrique d’ici 2030 pour des vols court courrier. Même calendrier pour Easyjet, qui travaille avec une startup qui s’appelle "Wright Electric" sur un avion 100% électrique pour les vols régionaux. On peut aussi citer le toulousain Aura Aero, créé par un ancien d’Airbus, et son projet d’avion électrique 19 places, prévu pour 2027, et qui compte déjà 130 intentions d’achat auprès de compagnies aériennes.

Le problème c’est que comme pour la voiture électrique, on parle de technologies propres, mais c’est un peu plus compliqué que cela. Le problème reste la fabrication et du recyclage des batteries, avec des matières rares pour les construire. Mais sur l’ensemble du cycle de vie, ce serait quand même incomparablement moins émetteur de CO² que les modèles qui volent au kérosène.

Il faut bien comprendre que l’électrique n’est pas la panacée, c’est une solution parmi d’autres pour arriver à une aviation plus propre, avec l’hydrogène ou encore l’utilisation de biocarburants, à base de colza, de maïs, d’algues ou même d’huile de friture. Même le solaire peut être envisagé en complément. On se souvient du projet Solar Impulse, l’avion solaire à une place du Suisse Bertrand Piccard, qui a réalisé un tour du monde entièrement alimenté par des panneaux solaires.

Anthony Morel avec MM