RMC

Procès de France Télécom: "Dix ans après, je suis brisée"

Pour la première fois, un grand groupe français, France Télécom, devenu Orange en 2013, est jugé pour harcèlement moral à grande échelle à partir de ce lundi au tribunal correctionnel de Paris, un procès qui pourrait faire date.

France Télécom et son ancien PDG Didier Lombard sont jugés pour "harcèlement moral" dans l'affaire de la vague de suicides de salariés au sein de l'entreprise à la fin des années 2000. Le procès "inédit" s'est ouvert ce lundi à Paris.

D’une voix claire, Didier Lombard, main ferme sur la barre, costume bleu foncé énonce sa profession: "Retraité". Il n’est plus PDG de l’entreprise depuis 8 ans mais c’est à lui principalement que les victimes demandent des comptes. Mais le face-à-face est trop dur pour une majorité d’entre elles, absentes à l’audience. Les autres sont déterminées comme la veuve et les 4 enfants de Rémy Louvradoux, mort immolé par le feu. Ensemble ils se tiennent bien droits à la barre, pour décliner leur identité, en partant lancent un regard sombre aux huit prévenus.

"Il faut que l'entreprise paie"

Béatrice Pannier était déléguée du personnel à Caen, en première ligne entre les exigences de la direction et les salariés. Après une tentative de suicide en avril 2011 sur son lieu de travail, confronter Didier Lombard, l'ancien PDG du groupe, fait partie de sa guérison:

"J'espère qu'au cours de ce procès il va y avoir des mots, des excuses publiques et sincères envers tous les salariés qui sont encore en souffrance et les familles endeuillés. Dix ans après, ma vie est brisée, je suis en état de survie, je n'ai pas repris un cours de vie normal. Je n'ai jamais pu reprendre le travail à temps complet. Depuis ma tentative de suicide en 2011, j'en suis à mon troisième accident du travail, c'est le corps qui dit stop. Il faut que l'entreprise paie, j'y ai laissé ma santé".

Près de 170 parties civiles se sont constituées. "Certaines expriment un problème personnel, non lié à la politique d’entreprise", dénonce une avocate de la défense. Seront-elles toutes prises en compte? Le tribunal décidera à la fin du procès mais pour le moment n’écarte rien pour "comprendre le fonctionnement de France Télécom, aujourd’hui et jusqu’à la dernière seconde de ce procès", dit la présidente, en fixant Didier Lombard.

Gwladys Laffitte avec Paulina Benavente