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Travailleurs détachés: le casse-tête des routiers

Avec le poids grandissant de l'Union européenne certains secteurs ont vu leur équilibre économique bouleversé. C'est le cas du transport routier, sinistré depuis l'ouverture des frontières à nos voisins européens.

Les deux mains sur le volant pendant plus de 20 ans, Farchide a conduit un poids lourd à travers toute l’Europe. Mais en 2014, il a décidé d’arrêter, dégouté de voir s'installer la concurrence des travailleurs détachés venus des pays voisins: "Il était temps de raccrocher parce que je n'avais plus de plaisir à rouler. Je voyais que notre part de marché se réduisait. J'étais routier international, je faisais des petites courses, c'était fatiguant à force".

Désormais, il est le bras droit du patron de "L'haridon international", une société de transport basée à Trappes. Depuis l’ouverture des frontières aux pays de l’Est en 2004, l'entreprise a dû réduire son nombre de poids lourds: "Notre flotte a été divisée par trois. Au niveau du personnel, on est tombé à un tiers. Actuellement on survit. Tout ça à cause des transporteurs étrangers qui cassent les prix, qui travaillent en toute illégalité en France. On demande que les lois soient appliquées".

"Un problème de contrôles"

En France, des lois existent pour encadrer ces pratiques dans le secteur routier. Par exemple, le détachement doit être déclaré et le salarié payé au minimum conventionnel imposé dans notre pays.

Mais ces obligations ne sont pas encore généralisées à l’échelle du continent regrette Aline Mesples, la présidente de l'Organisation des transporteurs routiers européens: "Un certain nombre d'entreprises étrangères se sont mises dans les règles. Le problème, c'est un problème de contrôles. En France, il y a un seul jour de circulation de poids lourds par an qui est contrôlé. Pour l'instant, nous sommes toujours en attente que l'Europe régule la question du détachement du personnel pour le transport routier et c'est une attente forte de nos entreprises".

Le mois dernier, les eurodéputés sont parvenus à se mettre d'accord sur un texte pour lutter contre les pratiques illégales dans le secteur routier mais c'est une première étape. Reste à convaincre le Conseil européen.

Caroline Philippe