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"Expliquez-nous": le romanesque Ghosn essaie de sauver son honneur

Carlos Ghosn s’est défendu pied à pied mercredi devant 130 journalistes à Beyrouth. L’ancien grand patron déchu a fait un show pendant deux heures et demi. Il est apparu plus que jamais comme un personnage de roman.

Carlos Ghosn, lorsqu’il était scout au Liban, avait un totem, un surnom. C’est "Faon fanfaron". 50 ans après, ce surnom lui va encore assez bien “Fanfaron”. 

Celui qui se vante, qui est hâbleur, qui exagère un peu. En direct et en mondovision, aussi à l’aise en anglais qu’en français, en arabe ou en portugais, il a été convaincant voir touchant, lorsqu’il a parlé de ses conditions de détention. Jusqu’à six jours sans aucun contact humain, ou alors, au contraire, des jours et des nuits d'interrogatoire sans avocat.

Il a aussi été humain et drôle lorsqu’il a expliqué que le plus insupportable pour lui, c'était l’interdiction de communiquer avec sa femme Carole. Il a dit, "il y a des gens pour qui ça peut être un avantage de ne pas voir leur femme. Et bien pas moi", a-t-il dit, "parce que je l’aime". 

Mais l’essentiel pour lui mercredi, c’était surtout de redorer son image et de répondre aux accusations de la justice japonaise. 

Alors que dit-il sur ces accusations de revenus dissimulés et de détournement de fond? Il passe très vite sur les faits les plus gênants. Les salaires non déclarés de Nissan, on parle de 64 millions d’euros sur 8 ans, les affaires très louches au Sultanat d'Oman, les luxueuses maisons payées par Nissan au Brésil et au Liban, dont celle qu’il occupe actuellement à Beyrouth. Sur tous ces dossiers Carlos Ghosn s’est expliqué, a montré des documents et a dénoncé un complot. Mais c’est bien sûr, sa version qu’il a présenté. 

Par exemple sur l’affaire du château de Versailles. Il parle de la fête pour les 50 ans de sa femme. Il explique que la salle a été offerte par la direction du château, mais qu’il a payé le traiteur 50.000 euros. Et il montre toutes les factures. Mais il fait semblant de ne pas comprendre que le problème ce n’est pas l'anniversaire de sa femme. C’est son anniversaire à lui, pour ses 60 ans, toujours à Versailles avec un chef trois-étoiles et des centaines d’invités en costume d’époque. La fête a coûté 600.000 euros payée par Nissan et Renault. Une enquête est en cours. 

Une histoire hors-norme

Mais mercredi, on a aussi compris pourquoi il se plaignait autant d'être mal payé. C’est parce qu’en 2009, Barack Obama lui avait proposé de venir aux Etats-Unis diriger Chrysler-General Motors pour 30 millions par an. Il avait refusé, mais depuis, il considère que 30 millions, c'était son juste prix. Et que les 15 millions que lui donnait Renault et Chrysler n’avaient donc rien de scandaleux.

Et entre les lignes, il nous a aussi expliqué qu’il est un génie. Parce que la modestie n’est pas sa principale qualité. Mais c’est vrai que son histoire est hors norme. Celle d’un enfant né au fond du Brésil ou son grand-père chrétien libanais était parti faire fortune dans le caoutchouc. À 6 ans, il tombe malade et sa mère le ramène à Beyrouth. Il fait ses études chez les jésuites. Il est brillant. Il est envoyé à Paris où il fait polytechnique. Il passe 18 ans chez Michelin puis devient numéro deux de Renault. Il part diriger Nissan au Japon et redresse l’entreprise en deux ans. Il fait de l’alliance Renault-Nissan le numéro un mondial.

Et puis dans cette saga, il y a un homme dont il n’a jamais parlé, c’est son père. Oui, on ne savait rien ou presque de Georges Ghosn, père de Carlos. Et c’est le Nouvel Obs qui révèle son histoire ce mercredi. 

Son père était un agent de change au Liban. En 1960, il a fait des affaires avec un prêtre maronite, des histoires de diamants africains. Finalement, le prêtre s’est montré trop gourmand et Georges Ghosn est allé l’intimider avec un homme de main. Les choses ont mal tourné: le prêtre a été abattu d’une balle dans le dos puis d’une balle dans la tête. Un témoin avait relevé la plaque d'immatriculation. 

Le père de Carlos Ghosn et son complice sont arrêtés et condamnés à mort par pendaison. Il ne sera finalement pas exécuté, mais passera de longues années incarcéré. 

D’après le récit du Nouvel Obs, enfant, Carlos Ghosn est allé rendre visite à son père dans le couloir des condamnés à mort. Une incroyable histoire qui rajoute encore du romanesque et qui explique peut-être aussi pourquoi Carlos Ghosn a un tel besoin de reconnaissance surtout au Liban où il étale constamment son argent. 

Nicolas Poincaré