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"Dès la nuit tombée, c’est l’enfer à Nantes": les centres-villes sont-ils devenus des coupe-gorges?

Le sentiment d'insécurité gagne après une nouvelle agression à Nantes, où une femme a été violée dans la nuit de vendredi à samedi alors qu'elle rentrait chez elle après une soirée.

Un fait divers horrible. Deux hommes ont été mis en examen pour viol en réunion en état d'ivresse manifeste et placés en détention provisoire lundi à Nantes. Ils sont soupçonnés d'avoir agressé sexuellement une quadragénaire dans la nuit de vendredi à samedi en pleine rue. C'est l'arrivée de passants alertés par les cris de la victime qui ont mis en fuite les agresseurs. Les deux hommes ont été interpellés rapidement après les faits en état d'ébriété. Il s'agit de deux réfugiés soudanais en situation régulière âgés de 17 ans et 27 ans arrivés en France il y a quelques années. Ils étaient jusque-là inconnus de la justice.

"La victime est barricadée, traumatisée", assure ce mardi dans les "Grandes Gueules", sur RMC et RMC Story, Joëlle Dago-Serry, qui connaît son frère. Cette agression relance le débat de l'insécurité dans le centre-ville nantais. Depuis plusieurs années, des riverains se plaignent en effet d'une recrudescence des agressions dans les rues de Nantes.

"J'ai été à Nantes à quelques reprises, et je me sentais plus en insécurité dans le centre de Nantes qu’à Saint-Denis et dans le 93 où j’ai vécu", témoigne Joëlle Dago-Serry. "C’est sale, il y a des gens pas nets. C'est une ville plutôt bourgeoise qui se transforme et je ne me suis pas sentie en sentiment de sécurité en tant que femme", ajoute-t-elle, évoquant un sentiment d’insécurité en plein centre-ville.

"Il y a des bandes qui errent"

"On constate dans toutes les villes, y compris à Nantes, une reprise des activités délinquantes avec un très fort développement du trafic de stupéfiants. Derrière, cela entraîne un certain nombre de faits de délinquance", concède au micro de BFMTV le préfet de Loire-Atlantique, Didier Martin.

"Nantes en journée, c’est le bonheur, c’est l’une des villes les plus agréables à vivre. Mais dès la nuit tombée, c’est l’enfer. J’ai vu la dégradation en tant que VTC. Il y a des bandes qui errent à la recherche d’une personne isolée", explique à RMC Adil, qui habite la ville. "Le centre-ville est en plein aménagement. La journée, on voit des migrants qui errent dans la ville, il y a un peu de trafic car certains essaient ainsi de s’en sortir et d’autres errent".

Beaucoup de Nantais et de visiteurs de la ville pointent des problèmes d'éclairage public, notamment au niveau du Hangar à bananes, sur l'île de Nantes, un quartier de la ville où s'alignent restaurants et bars. Et pour en partir et rejoindre le tramway, il faut traverser une esplanade très mal éclairée.

Des filières de migrants qui accentuent l'insécurité?

À la mairie, on assure ne pas avoir attendu ce drame pour prendre des mesures "fermes et importantes". "Il y a du trafic de drogue qui arrive à intoxiquer des gens qui ne sont ni régularisables, ni expulsables", assure à RMC Pascal Bolo, adjoint à la sécurité de la ville de Nantes, qui évoque des migrants embrigadés dans des parcours de délinquance, tout en réfutant une politique municipale d'accueil de migrants.

"Ce qu’il y a à Nantes, c’est un mouvement associatif humaniste dont on dit qu’il permet à des filières d’orienter un certain nombre de migrants plus vers Nantes qu’ailleurs, mais jamais personne n'a été capable de le chiffrer. On est dans la légende", assure-t-il.

En revanche, il l'assure, les policiers sont de retour sur le terrain avec une amplitude de travail élargie pour les policiers municipaux et 70 nouveaux policiers nationaux en plus. Pascal Bolo réfute aussi tout mauvais éclairage à Nantes et dans la zone du Hangar à bananes, avec en plus la création de poste de police fixes et de médiateurs sur le chemin du tramway et l'installation de caméras. "Tout ça a permis l’arrestation rapide des trois auteurs du viol de samedi matin", explique-t-il. "Il faut aussi plus de moyens. S'il y a plus d'interpellations et donc de procédure, le tribunal judicaire ne pourra pas suivre", alerte l'adjoint à la sécurité.

La fin de la vente d'alcool le soir pour limiter l'insécurité

"Tout ça me rappelle Coluche: 'Quand vous posez une question à un technocrate, vous ne vous en rappelez plus à la fin de l'exposé'", ironise dans la foulée sur RMC Kader, qui vit lui à Nancy et estime que le problème est aussi lié à la consommation d'alcool. "Il y en a qui se saoulent grâce à des épiceries ouvertes tard la nuit. À Nancy, les deux municipalités ont choisi d’arrêter la vente de d’alcool après 21h", explique-t-il.

"S'il y a un problème, on anticipe. On met plus de policiers. Ce n'est pas être d'extrême-droite que de demander plus de moyens régaliens. Si on pense que dans certains endroits, il y a des rassemblements, on rajoute des luminaires et des policiers", plaide Kader.

En attendant lumières et policiers, la victime de Nantes, qui "présente des traces de violences sur l'intégralité du corps" selon le procureur, a reçu une ITT de dix jours. Pour protester contre cette vague d’insécurité, les commerçants de la ville doivent manifester ce samedi.

G.D.