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Donald Trump président, l'échec des sondages: "C'est la même chose qu'en 2002 avec Lionel Jospin"

Donnée gagnante dans tous les sondages publiés à la veille de l'élection présidentielle, Hillary Clinton a tout de même été battue. Même si les écarts étaient serrés, la victoire de Donald Trump marque-t-elle la faillite de ces enquêtes d'opinion? Une question à laquelle répond Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion chez Harris Interactive, dans les Grandes Gueules.

"Ce qui est certain, c'est qu'entre les dernières intentions de vote de la quasi-totalité des sondages, pas tous, l'avantage était donné à Hillary Clinton, aussi bien au niveau national qu'Etat par Etat. Quand on regardait les petites dynamiques à quelques heures du scrutin, on voyait une remontée de Trump mais c'est vrai que, dans les différentes enquêtes, Clinton demeurait en tête.

Il y a plusieurs éléments (pour expliquer ces erreurs) et pas seulement les sondages. Il faut d'abord prendre les données objectives, c’est-à-dire le nombre de personnes inscrites sur les listes électorales. Le fait qu'il y ait par exemple beaucoup plus d'Hispaniques inscrits sur les listes électorales, qu'il y ait moins de 'blancs' qui fassent partie de ce même corps électoral… Tout ceci donnait à avoir un corps électoral qui était de nature à être plus favorable à Hillary Clinton.

"Il y a une difficulté à dire que l'on vote pour Donald Trump"

D'une manière générale, en France, pendant longtemps, on a connu une vraie difficulté à pouvoir évaluer le vote Front national. C'était un vote 'honteux'. De même, à la fin des années 60-début des années 70, on avait une difficulté à pouvoir dire que l'on votait en faveur du Parti communiste. Aujourd'hui, probablement qu'aux Etats-Unis il y a une difficulté à dire que l'on vote pour Donald Trump.

L'autre aspect qu'il faut avoir à l'esprit est qu'il peut y avoir ce qu'on appelle des mobilisations différentielles. C’est-à-dire que des électeurs vont dire avec assurance qu'ils vont aller voter et qui, au final, n'y vont pas. C'est probablement ce qu'il s'est passé ce mardi: des électeurs souhaitaient plutôt la victoire d'Hillary Clinton, l'avaient dit dans les sondages, avaient dit qu'ils iraient voter et, pour différentes raisons, n'y sont pas allés. Notamment parce qu'ils se sont probablement dits que c'était gagné.

Il s'est passé exactement la même chose en 2002 avec Lionel Jospin. On était face à des électeurs qui disaient aller voter pour lui mais qui, par manque d'engouement, ne sentant pas suffisamment d'envie de se déplacer, n'y étaient pas allés".

M.R avec Les Grandes Gueules