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"On met des rustines sur un pneu crevé": les soignants peu convaincus par le couvre-feu

Emmanuel Macron a annoncé un couvre-feu de 21h à 6h en Île-de-France et dans huit métropoles à mettre en place dès samedi. La mesure sera en vigueur pendant au moins six semaines

Dans son interview télévisée mercredi, le président de la République, Emmanuel Macron, a demandé un effort aux Français pour protéger les personnes plus âgées, les plus fragiles et aussi les soignants. En effet, en première ligne lors de la première vague de coronavirus au début de l’année, ils voient actuellement le nombre de patients covid de nouveau exploser dans les hôpitaux. 

Pour éviter une saturation comme ça a été le cas, Emmanuel Macron a décidé d’instaurer un couvre-feu dans neuf métropoles de 21 heures à 6 heures à partir de samedi. 

Mais pour Julien, infirmier à Marseille dans les Bouches-du-Rhône, ce couvre-feu, c’est un simple pansement. 

“On met des rustines sur un pneu crevé. C’est sûr que du point de vue de l’hôpital, peut-être qu’on va avoir une petite baisse d’activité qui va nous soulager dans nos conditions de travail. Mais d’un point de vue général, sur la gestion de la crise, moi qui suis spécialiste des conditions sanitaires exceptionnelles puisque j’ai fait des DU pour ça, le but c’est de profiter au plus grand nombre. C’est la doctrine de la médecine de catastrophe. Mais là, avec toutes ces mesures qui sont prises vous ne pouvez pas profiter au plus grand nombre. Vous avez une catastrophe économique qui s’annonce”, explique-t-il. 

"Abandon du système de santé"

Il estime que si la situation sanitaire est aussi catastrophique en France, c’est parce qu’il y a un abandon du système de santé. 

“Si on n’en vient à prendre des décisions comme ça, c’est parce qu’on se dit qu’on ne peut pas soigner des gens qui vont être malades. On nous parle des trois piliers, mais ce qu’il faut faire, c’est simple, c’est une situation qui va durer, donc il faut vivre économique normalement avec les gestes barrières. Et à côté de ça, on fait des efforts sur la recherche pour trouver un traitement et sur l’hôpital pour soigner les malades”, assure-t-il. 

Une manifestation de soignants est prévue ce jeudi à Paris. Ils dénoncent les mesures prises lors du Ségur de la santé et qui sont dérisoires. 

Guillaume Descours