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Rapatriement des djihadistes détenus en Syrie: "Madame Belloubet se rend compte de la réalité des camps kurdes en Syrie", juge Amine El Bahi

Pour la ministre, le rapatriement de ces djihadistes permettrait d'éviter le risque d'une "dispersion dans la nature".

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a évoqué samedi l'hypothèse d'un rapatriement des djihadistes français détenus par les Kurdes en Syrie, son entourage réfutant toutefois une rupture avec la position de Paris sur ce dossier sensible.

"Jusqu'aux récentes évolutions, nous pensions à la possibilité de mettre en place avec d'autres Etats européens un tribunal mixte en Irak" pour juger les djihadistes étrangers que leurs pays ne veulent pas reprendre, notamment français, un tribunal "que nous aurions appuyé", a expliqué la ministre dans les colonnes de Libération.

Mais "la donne a changé", a-t-elle souligné sans plus de détails. "Dans ce cas-là, s'il n'est plus possible de les juger sur place, je ne vois pas d'autre solution que de rapatrier ces gens en France. Tout combattant terroriste qui serait rapatrié serait judiciarisé comme nous l'avons toujours fait."

Pour Amine El Bahi qui a des neveux et nièces qui sont actuellement en Syrie, l’évolution de la position de Nicole Belloubet et une bonne chose.

"Madame Belloubet se rend compte de la réalité des camps kurdes en Syrie. Aujourd’hui il n’y a aucune juridiction de jugement dans les camps kurdes en capacité de juger les adultes partis en Syrie et dans le lot il y a plus de 300 enfants français qui subissent les décisions politiques d’Emmanuel Macron et qui aujourd’hui demandent à être rapatrié. Ces enfants sont innocents et n’ont rien demandé à personne", affirme-t-il. 

Jugés de manière appropriée en France? 

Cependant la question qui se pose, c’est comment cela se passe dans le cas où une mère ne veut pas se séparer de son enfant. Selon Amine El Bahi, le droit international ne permet pas une séparation de l’enfant de ses parents si ces derniers ne le veulent pas. Cependant, il estime qu’après le rapatriement, la séparation pourra se faire une fois que l’adulte aura été jugé. 

Mais pour l’avocat Gilles-William Golnadel, la nécessité d’instaurer un tribunal pénal international est devenue essentielle pour éviter le rapatriement de djihadistes majeurs notamment parce que "Madame Belloubet n’est pas en mesure de nous garantir qu’ils seront jugés de manière appropriée en France et gardés de manière appropriée", affirme-t-il. 

Jusqu'ici, le gouvernement français n'a accepté de rapatrier des enfants de ces camps qu'au "cas par cas". Après des mois de tergiversations dans un contexte de forte hostilité de l'opinion, Paris a ainsi, en juin 2019, rapatrié 12 enfants, dont la majorité était des orphelins, après cinq rapatriements en mars 2019.

La rédaction avec AFP