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Est-ce la première fois que les émissions de gaz à effet de serre baissent de 4% en France?

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Le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, a déclaré que c’est la première fois que les émissions françaises baissent autant. En 2018, elles ont baissé de 4%. Une exagération du ministre puisque des baisses plus importantes avaient déjà été enregistrées auparavant.

En 2018, les émissions des gaz à effet de serre ont baissé en France par rapport à 2017. Ces émissions sont mesurées en "millions de tonnes équivalent CO2". La France émettait 548 millions de tonnes équivalent CO2 en 1990. Ce chiffre a stagné jusqu’au milieu des années 2000, avant de descendre pour atteindre 445 millions de tonnes équivalent en CO2 en 2018. Cela baissait donc depuis 2005. 

Mais ces dernières années, entre 2014 et 2017, les émissions avaient arrêté leur baisse, et avaient même à nouveau augmenté. Fin de série, donc en 2018, et ça a été l’occasion pour François de Rugy, de se féliciter, lundi, sur Europe 1. Le ministre de la Transition écologique a même avancé que c’est la première fois que les émissions françaises baissent autant. Pourtant, c’est exagéré. 

2018, c’est un bon cru, mais il y a eu mieux, dans les dernières années, selon des chiffres du Citepa, le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmosphérique. Cet organisme, qui dépend du ministère de la Transition écologique, est chargé de mesurer les émissions françaises. Il a donc publié ses chiffres les plus récents pour 2018 mardi, et montre que les émissions 2018 ont baissé de 4%. 

Des baisses plus conséquentes en 2011 et 2014

Mais entre 2010 et 2011, les émissions françaises de gaz à effet de serre avaient déjà baissé de 5%. Et entre 2013 et 2014, elles avaient aussi baissé de 6,2%. Bref. L’année 2018 est bonne, mais n’a rien d’exceptionnel.

C’est donc une erreur du ministre. L’AFP factuel a contacté le ministère pour avoir une réaction, et l’entourage du ministre a précisé ses propos. Ce qu’il voulait dire, c’est que “depuis que les émissions de CO2 sont mesurées, c'est la première fois que celles des transports”, et non l’ensemble des émissions, “baissent en période de croissance forte". Les émissions de transport sont celles qui pèsent le plus dans le bilan CO2 de la France, 30% et cette affirmation-là du ministre corrigée par le ministère, elle est pour le coup assez vraie.

Pourtant 4% de baisse, ça reste bien sûr positif. Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Cette baisse des émissions tient notamment à une baisse de celles liées à la production d’électricité : moins un quart en 2018. Pourquoi ? Parce que l’hiver a été doux et que donc il a moins été nécessaire de se chauffer. Et ce n’est pas impossible que le réchauffement climatique ait aidé à ce que l’hiver soit doux. Comme l’a résumé François de Rugy, commentant les chiffres 2018 : “beaucoup reste à faire”.

En 2018, l’observatoire climat énergie des ONG réseau action climat et CLER avait estimé que la France était loin de respecter ses objectifs en termes d’émissions de gaz à effet de serre.

Guillaume Daudin (AFP Factuel)