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"Je n'ai pas de morale": Thierry Coste, le lobbyiste des chasseurs, se confie sur RMC

Invité de M comme Maïtena en juin, le lobbyiste Thierry Coste est revenu sur les intentions du président de la République concernant la chasse qui sont conformes à ce qu'il réclamait, et aussi sur les obligations de son métier opaque.

Thierry Coste est un de ces hommes de l'ombre qui tente de faire avancer ses causes dans les arcanes du pouvoir. Lobbyiste, il est le conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs, et également patron de Stratégie et Lobbying, un cabinet de lobbying qu’il a fondé il y a 24 ans.

Il a ainsi côtoyé les quatre derniers présidents de la République et s’est permis de réaliser, ce lundi dans M comme Maïtena sur RMC, un petit bilan de leurs résultats en ce qui concerne le domaine de la chasse qu’il défend aujourd'hui. 

"Chirac était très intéressé par la chasse et l’a oublié dès qu’il est devenu président. Sarkozy était très à l’écoute mais il fallait qu’il y ait juste après une campagne électorale. Hollande avait un problème avec les Verts mais nous aimait beaucoup."

"Je pense que le chef de l’Etat est un provincial qui aime le monde rural"

Quid du président Emmanuel Macron ? "Il est formidable", lance-t-il sans hésiter après avoir assuré par le passé que le président de la République pourrait "séduire une chaise".

Si Thierry Coste est aussi enthousiaste au sujet du président actuel, c’est que ce dernier vient de tenir ses promesses de campagne, ce qui n’est visiblement pas exactement le cas de ses prédécesseurs. Une "réforme" de la chasse devrait bientôt être actée début juillet et pourrait comprendre une forte baisse du tarif du permis de chasser : de 400 à 200 euros. Des annonces qui devraient ravir les chasseurs, sortis extrêmement séduits par les intentions du président après des discussions à l’Elysée.

"Je pense que je bénéficie d’un grand concours de circonstances, notamment parce que mon ami François Patriat, très proche d’Emmanuel Macron, m’a mis dans les circuits. Et, contrairement à ce que l’on raconte, je pense que le chef de l’Etat est un provincial qui aime le monde rural. Donc c’est beaucoup plus facile qu’avec ses prédécesseurs."

"Je défends des gouvernements qui ont parfois des comportements très douteux avec les droits de l'Homme"

Les contours de la personnalité de Thierry Coste se sont également vaguement dessinés durant cet entretien de 15 minutes, précisant que son métier le laisse évidemment insensible -publiquement en tout cas- à différentes causes. 

"Ah je n'ai pas de morale. Je respecte la loi c'est clair. Mais au delà de ça, la ruralité est ma passion donc je suis très machiavélique. Je vous le confirme ! Il n'y a pas beaucoup de gens qui l'assument, mais moi je l'assume complètement. Je défends des gouvernements étrangers qui sont des alliés de la France mais qui ont parfois des comportements très douteux avec les droits de l'Homme. Mais je les assume. Car il y a des gens qui méritent d'être défendus, quand ils ne commettent pas d'excès."

"L'obsession du contrôle des lobbyistes est une histoire drôle"

Un cynisme et une honnêteté de façade qui lui cause l'ire de nombreux de ses opposants. "C'est écrit sur notre front. Si les gens sont assez bêtes pour nous faire totalement confiance... Il faut quand même savoir que l'on défend des intérêts. Et moi je dis toujours pour qui je travaille, et c'est réglé. Mais je dénonce les experts médicaux ou autres, dont on ne sait pas pour qui ils travaillent." 

Alors que la loi Sapin 2 encadre plus fermement le travail des lobbyistes, il estime que ce sont des limites qui ne lui font pas peur et qu'il applaudit même. "L'obsession du contrôle des lobbyistes est une histoire drôle. C'est le conflit d'intérêts qui est important." 

"Je disais beaucoup de mal de Nicolas Hulot et maintenant c'est fini"

Thierry Coste n'échappe d'ailleurs pas au conflit tout court avec le ministre d'Etat à la Transition écologique Nicolas Hulot, lors d'affrontements d'idées entre chasseurs et défenseurs de la nature. Mais aujourd'hui, les deux sont en quelque sorte dans le même camp, une ironie que savoure le lobbyiste pro-chasse. Il trouve même cela "jouissif".

"Je disais beaucoup de mal de Nicolas Hulot et maintenant c'est fini, je trouve que ce qu'il fait est très bien, c'est un pragmatique." Pas certain que le compliment lui soit retourné. En attendant, son travail en faveur de la chasse est sur les rails, et ne manque plus que l'annonce officielle du Président. 

J.A. avec M comme Maïtena