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Eric Brunet: "Instituts de sondages, journalistes et politologues ont faussé le jeu démocratique"

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- - JEAN-FRANCOIS MONIER LOIC VENANCE / AFP

François Fillon réalise la première sensation de cette primaire. L'ancien Premier ministre, longtemps placé en quatrième position dans les enquêtes d'opinion, est arrivé en tête du premier tour, devançant largement Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Pour Eric Brunet, ces résultats montrent "un plantage sans précédent" pour les prévisionnistes

"Ce lundi matin, la France se réveille avec la gueule de bois. On est obligé de constater que tous les prévisionnistes se sont trompés: les journalistes, les éditorialistes, les instituts de sondage… 36 heures seulement avant le premier tour, on donnait encore 30%, 29% et 29%, c’est-à-dire que tout était dans un mouchoir de poche. C'est vous dire si l'erreur est pharaonique. C'est un vautrage considérable.

Cela nous renvoie au commentaire d’un éditorialiste du New York Times juste après l'élection de Donald Trump : "Cela fait des années que nous faisons du commentaire politique sur la base de données statistiques, de datas'. Et bien, ce journalisme de data a vécu parce que les datas se trompent". C’est le problème : les sondeurs sont devenus aujourd'hui incapables de capter l'air du temps.

"Il y a une autre science de la prévision politique à inventer"

Il y a quand même des gens qui sont venus dans nos studios, sur nos plateaux télé, des gens payés pour humer l'air du temps et qui n'ont pas vu que François Fillon avait capté pratiquement la moitié de ces quatre millions de voix. Ils n'avaient pas vu que François Fillon a failli être élu représentant de la droite et du centre dès le premier tour ! C'est une erreur cataclysmique, sans précédent. Ma conviction est donc qu'il y a une autre science de la prévision politique à inventer, sur d'autres critères.

Ce qui est aussi terrible, c'est que les journalistes et les politologues ont, eux aussi, été aveugles. Mais en plus, je les accuse d'avoir faussé le jeu démocratique. Pendant des mois, tous les soirs dans les JT de 20h, tous les jours à la Une des journaux, on a présenté deux têtes: Juppé et Sarkozy. Les autres étaient représentés dans des petites vignettes, dessous. On a donc faussé le jeu démocratique en accréditant l'idée qu'il fallait voter pour l'un de ces deux-là. Voter utile, c'était voter Sarkozy ou Juppé. Peut-être que si on n'avait pas fait ça Bruno Le Maire aurait été à 12 %. Pourquoi pas ?… La planète médiatique s’est choisi deux champions, sur la base de sondages totalement erratiques et faux.

"Les journalistes sont incapables de nous expliquer ce qui s'est passé"

Les journalistes et les médias ont été aussi pitoyables que les sondeurs. Certes ils se sont appuyés sur des données statistiques fournies par les sondeurs mais, en plus, eux dont le métier est d'aller sur le terrain, recueillir des opinions, des aspirations, écouter, entendre, enquêter, n'ont rien vu. La moitié de la France de droite a voté pour François Fillon et ils ne l’ont compris qu’au moment de la divulgation des résultats, dimanche soir ! Alors aujourd'hui ils disent avoir dit dans les derniers jours qu'il y avait une remontée de Fillon. Mais c'est du babillage. A part ça, ils sont incapables de nous expliquer ce qu'il s'est passé.

Moi dans Radio Brunet, à plusieurs reprises, ces dernières semaines, j'ai interrogé les gens pour savoir s'ils estimaient que François Fillon pouvait être président de la République. Une majorité répondait oui. Ça a donc commencé à me mettre la puce à l'oreille. Mais la chape autour du duel Sarkozy-Juppé m’a poussé à dire que les résultats de mes Brunetmétrie devaient être une erreur statistique. Je me suis donc tu. La réalité est que ceux qui avaient voté ce jour-là avaient raison.

Ce résultat devrait donc inciter les journalistes, les éditorialistes, les experts comme les politologues à une immense humilité. Les instituts de sondage, eux, devraient s'excuser, présenter leurs excuses aux Français car, pendant des semaines, ils ont présenté des sondages dont on peut dire aujourd'hui qu'ils ne sont pas le reflet de la réalité. Et pire qui, selon moi, ont faussé le jeu démocratique".