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"La gauche n’est d’accord sur rien, sauf pour dire que le FN, c’est mal" affirme Christophe Barbier

Pour expliquer son soutien à Emmanuel Macron, Manuel Valls a notamment agité la menace d'une sous-estimation du vote Front national à la présidentielle. Un argument avancé faute de propositions et d’accords entre les socialistes, selon Christophe Barbier éditorialiste L’Express et BFM-TV.

Attaquer l’extrême droite, faute de pouvoir tomber d’accord sur d’autres sujets. C’est l’une des visions de la gauche que présente Christophe Barbier dans son dernier livre, Les derniers jours de la gauche, chez Flammarion. Invité dans Radio Brunet, l’éditorialiste de BFM-TV et L’Express avance l’idée que la gauche est en désaccord sous presque tout, excepté son combat contre le Front national.

"On voit bien que la gauche est épuisée après cinq ans de pouvoir. Quand on est au pouvoir on ne réfléchit pas, on court. On a le nez dans le guidon, donc on propose peu de chose. D’ailleurs la primaire de gauche a été assez pauvre en propositions. Benoit Hamon est arrivé avec des choses qui étaient tellement extraterrestres, qu’évidemment, ce n’était pas dans le programme classique de la gauche, notamment avec ce fameux revenu universel".

"Par ailleurs, la gauche est extrêmement divisée, on l’a vu ces derniers jours plus que jamais. Elle n’est d’accord sur rien. Elle n’est pas d’accord sur l’Europe, sur la fiscalité, sur les charges sociales, sur le droit du travail, sur la déchéance de nationalité, ou la laïcité. Par contre, il y a un point où ils sont d’accord: le Front national, ce n’est pas bien".

Pour Christophe Barbier, ce choix d’attaquer le parti de Marine Le Pen s’explique par l’incapacité de gagner des socialistes, et donc la volonté de rester digne dans la défaite.

"Marine Le Pen joue l’une des deux places pour l’accession au second tour de la présidentielle, donc ça leur fait au moins un sujet qu’ils peuvent mettre en avant, sans créer des dissensions. Par ailleurs, ça rameute (sic) toujours dans les meetings, ça stimule la faveur de gauche de brandir l’étendard anti-Front national".

"Enfinn c’est une gauche qui a été traumatisée par les élections intermédiaires sous le mandat de François Hollande. Elle a fait le front républicain en se désistant, pour offrir la région Hauts-de-France et la région PACA à la droite. Quelque part c’est un peu sa fierté, son fait d’arme. Elle n’a pu faire que ça de ce quinquennat. Elle vit sur ce capital-là, donc la gauche c’est celle qui fait barrage au FN. Comme elle se prépare probablement à devoir choisir entre Le Pen et quelqu’un d’autre, elle anticipe le fait d’être au moins impeccable vis-à-vis du Front national. Pour résumer, la gauche veut dire: 'quand le Front menace, on est présent, on fait barrage'".

Radio Brunet avec A. Benyahia