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Prix du lait: pourquoi un tel bras de fer entre producteurs, transformateurs et grande distribution?

Les producteurs de lait sont à bout. Les coûts ne cessent d'augmenter mais pas le prix de vente. Pour qu'ils puissent vivre, il faudrait qu'un litre soit vendu à 1 euro. La grande distribution est-elle prête à faire un effort?

Le bras de fer entre les producteurs de lait et la grande distribution continue. Le litre de lait devrait être vendu à un euro, pour que les producteurs puissent s'en sortir.

Malgré la loi Egalim, qui est censée garantir une meilleure prise en compte des coûts de production des agriculteurs, le compte n'y est pas.

"Un litre c’est 42 centimes, ça ne couvre pas du tout le coût de production. Il devrait être à 0,52 au lieu de 0,42", explique Jérémy Maillard, producteur laitier à Pornic (Loire-Atlantique). Son exploitation compte 120 vaches.

Pour vendre son lait, il passe par des intermédiaires, comme c'est souvent l'usage. Ce lait est ensuite revendu à la grande distribution. Ces dix centimes de différence, qui lui permettraient de mieux se rémunérer, personne ne veut les payer. Or, Jérémy Maillard ne peut pas se passer d'eux.

"Ils nous prennent pour des cons"

"On fait sur notre exploitation 1,3 million de litres. C’est très compliqué de les écouler, ça fait plus de 4.000 litres par jour. Il faut que les responsables se prennent en main", affirme-t-il.

Dans certains rayons, certaines briques de lait sont vendues à 0,80 euros par litre. Quand les producteurs demandent des explications, tout le monde se renvoie la balle. "Ils nous prennent pour des cons", s'agace Daniel Perrin, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de lait.

"Quand je vais voir la grande distribution, ils me disent qu’ils sont prêts à accepter toutes les hausses à condition que ça nous revienne. Quand je vais voir mon transformateur, il me dit qu’ils [la grande distribution] ne veulent rien accepter. On se demande qui ment", déplore Daniel Perrin.

Des actions à venir?

Objectif pour la fédération, rencontrer directement les acteurs de la grande distribution. "On a déjà rendez-vous avec Intermarché pour mettre tout à plat. Nous ce qu’on veut c’est de la transparence et on veut juste être rémunérés."

La Fédération avait posé un ultimatum cet été. Si au 1er septembre 2022, le lait n'était pas vendu au juste prix dans les supermarchés, ils lanceraient une opération. Ils avaient envisagé de sortir des magasins toutes les briques vendues à moins d'un euro le litre.

De son côté, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, invité dans Face à Face sur RMC et BFMTV ce 31 août 2022, explique que "l'ensemble des gammes ont augmenté de 15% dans les 18 derniers mois" dans ses magasins, à la suite de l'augmentation des coûts de production.

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA était invitée la veille sur le même plateau. Elle a demandé à Alexandre Bompard "pourquoi ne répond-il pas favorablement à la demande d’augmenter le prix du lait?".

"Je n'ai pas le droit de négocier"

Le PDG de Carrefour répond qu'il est conscient de l'augmentation des coûts de production, notamment "les engrais, l'énergie, le fourrage lié à la sécheresse". En revanche, il rappelle qu'il "ne négocie jamais avec les producteurs agriculteurs" mais que tout se passe avec "les industriels transformateurs, comme Danone ou Lactalis".

"La matière première agricole est sanctuarisée désormais, ça c’est Egalim 2, ça veut dire que je ne négocie pas, on me donne un indice de coût de production et j’applique ce prix, je n’ai pas le droit de le négocier", affirme-t-il.

Alexandre Bompard souligne, par ailleurs, qu'un "certain nombre de nos clients ne peuvent pas acheter de lait à part le lait premier prix. Il est encore inférieur à un euro, mais il a augmenté de 15 centimes en une année". L'entreprise tente de réduire les coûts au maximum sur ces laits premiers prix: "j’essaye, avec des emballages incroyablement simplifiés et en essayant d’avoir aucun investissement marketing".

Ces clients premiers prix, "ce sont eux ma priorité", conclut-il.

La rédaction de RMC