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"Dégager du temps mais pour quoi faire?": faut-il passer à la semaine de 4 jours comme en Belgique?

Les employés belges du privé et du public pourront passer à la semaine de 4 jours pour la même durée d'heures de travail. Des expérimentations de grande ampleur ont lieu chez nos voisins mais en France, seules quelques initiatives existent.

La Belgique a choisi la voie de la semaine de 4 jours. Pour le même salaire et le même nombre d'heures hebdomadaire (38h), les employés du privé et de la fonction publique pourront travailler 4 jours par semaine. "Le deal pour l'emploi" belge devra toutefois être approuvé par l'employeur, qui pourra refuser la demande. Mais il devra justifier dans le mois qui vient son refus. Enfin, le salarié qui travaille 4 jours ne pourra pas faire d'heures supplémentaires le jour chômé.

"Le fait de pouvoir travailler 4 jours, ça va libérer une journée pour s'occuper de ses enfants et de ses affaires", se félicite ce mardi sur RMC et RMC Story le cheminot et syndicaliste Bruno Poncet. "Les jeunes cherchent des façons de travailler alternatives et je trouve ça intéressant de remettre au cœur de sa propre vie, son emploi du temps personnel", ajoute-t-il.

"Si cela se fait en bonne intelligence, je trouve que c'est une très bonne idée", abonde Olivier Truchot qui plaide pour "casser un peu le moule" alors que seulement 2,4% des Français travaillent 4 jours par semaine.

"On ne peut pas moins travailler et avoir un modèle social qui coûte toujours aussi cher"

De son côté, Zohra Bitan a des interrogations, notamment sur les journées de travail rallongée: "J'aimerais qu'on m'explique comment on passe à la semaine de 4 jours alors qu'il n'y a pas assez de crèches, que le coût de la garderie le soir est très élevé et que la pénibilité quotidienne de certains travailleurs est encore à prendre en compte".

"Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Et dégager du temps pour quoi faire? Le pouvoir d'achat a baissé, les gens ont de moins en moins de loisirs. Tout cela correspond à une philosophie de travail complète", ajoute-t-elle.

L'ancien ministre des Transports Jean-Baptiste Djebbari salue la semaine de 4 jours pour les entreprises qui peuvent le faire. Mais il avoue avoir du mal à croire que la semaine de 4 jours ne puisse pas impacter à la baisse le volume de travail: "On ne peut pas moins travailler et avoir un modèle social qui coûte toujours aussi cher", estime-t-il. "Si on commence à travailler 4 jours, il faut penser les conséquences. C'est plaisant, j'ai envie de dire oui mais j'ai peur que dans 10 ans, on se dise qu'on a finalement affaibli notre capacité à travailler", ajoute l'ancien ministre.

Les artisans pénalisés?

"Je travaille 4 jours, j'ai tous mes mercredis et c'est quelque chose que j'adore", témoigne Cédric, comptable près de Rennes. "Cela permet de m'occuper de mes enfants le mercredi ou de me caler des rendez-vous personnel, chez le médecin ou à la banque. Je peux aussi travailler sur mon autre activité que j'ai à côté", explique-t-il aux "Grandes Gueules", assurant avoir négocié ça avec son employeur.

Patrick, DRH dans une société qui emploie 1.000 personnes, est en train de mettre en place la semaine de 4 jours: "Je pense que c'est l'avenir", explique-t-il alors que les jours de repos dans son entreprise, changent. "Ceux qui l'ont choisi sont super motivés", assure le DRH, qui appelle à ne pas passer par la loi et privilégier les accords de branche.

Mais pour Serge, boucher en Saône-et-Loire, c'est compliqué d'embaucher des gens. "Les gens ne vont pas manger plus, mon chiffre d'affaires ne va pas augmenter alors que je vais devoir engager d'autres employés", raconte-t-il. "Mes salariés vont travailler 4 jours mais moi, je vais avoir plus de personnel à gérer et je vais garder le même salaire", alerte-t-il.

D'autres de nos voisins ont choisi de réduire le temps de travail. Au Royaume-Uni, 70 entreprises anglaises vont tester la semaine de 4 jours. En Espagne, 200 entreprises vont tester jusqu'en 2025 les semaines de 4 jours pour 32 heures, payées 40.

G.D.