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Il interdit à ses habitants de décéder chez eux: "je réponds par l’absurde parce que la situation l’est"

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Christophe Dietrich, maire sans étiquette de Laigneville, dans l’Oise, a promulgué un arrêté municipal interdisant à ses administrés de décéder à leur domicile. Devant l’absence de médecin disponible pour constater les décès dans sa commune, il a voulu dénoncer la désertification médicale de son territoire. Il raconte à RMC.fr.

Christophe Dietrich est le maire (sans étiquette) de la commune de Laigneville (5.000 habitants), dans l’Oise.

"Récemment, nous avons été confrontés à des décès à domicile. Et nous avons mis plus de cinq ou six heures à obtenir un certificat médical. Les pompiers sont venus, ils ont constaté la raideur cadavérique. Ensuite, c’est à la famille de se débrouiller pour trouver un médecin afin de faire constater le décès. La famille n’étant pas là, c’est l’auxiliaire de vie, la police municipale et moi-même qui avons essayé de faire les démarches. Et on s’est heurté à tous les murs administratifs possibles.

Le Samu nous a dit que ce n’était plus une urgence. L’ARS m’a dit qu’il fallait d’abord que j’ai trois refus de différents médecins pour qu’on prenne en mains le problème. Au final, j’ai été contraint d’appeler des médecins dans le 93 pour obtenir ces trois refus. Tout le monde se renvoie la balle, et au bout de plusieurs heures, le maire que je suis pousse une grosse colère et on finit par vous envoyer une équipe d’urgence dont ce n’est pas le travail. On a découvert le corps à 7h, l’équipe d’urgence est arrivée à 12h30.

"Ce qu’il se passe pour les défunts est en train de préfigurer ce qu’il va se passer pour les vivants"

Les gens ont compris que cet arrêté c’était du second degré. Il n’est ni valable, ni applicable. Mais je réponds par l’absurde parce que la situation l’est. Ce qui se passe pour les défunts est en train de préfigurer ce qu’il va se passer pour les vivants. On est au pied du mur du désert médical. Aucune réponse concrète ne nous a été apportée par aucun gouvernement depuis 20 ans. Toutes les réformes mises en place ont été sabordées par les médecins-députés eux-mêmes. Nous, on se retrouve confronté à une ville de 5.000 habitants où les deux médecins partent en retraite à la fin de l’année, et je n’ai personne pour les remplacer. Au niveau de la communauté de communes, qui fait 24.000 habitants, dans trois ans, nous n’aurons plus qu’un seul médecin.

Pour recruter des médecins, j’ai eu des contacts. Il y en a un qui m’a dit ‘je veux bien venir, mais vous me payez la maison, les fluides, le cabinet, la secrétaire, et vous embauchez ma femme à la mairie’. Un autre, il y a 15 jours, m’a refusé un appartement neuf qu’on lui proposait au motif qu’il n’y avait pas de jardin. Pour des libéraux, c’est quand même une attitude assez particulière. C’est du marchandage et je ne veux pas tomber dans ce piège-là.

Ce que je veux, ce sont des réponses concrètes. Notre président nous parle de télémédecine, ce n’est absolument pas ça la solution. Il ne faut pas oublier que les médecins sont formés avec de l’argent public, dans des facs publiques et dans des hôpitaux publics. Il ne serait pas anormal qu’ils rendent au public ce que le public leur a donné.

Je propose qu’on régionalise les diplômes: vous avez fait vos études en Picardie, vous faites 10 ans en Picardie. Je propose aussi de mettre en place un numerus-clausus régional en fonction des besoins réels. Et de mettre en place des quotas en fonction des besoins des habitants. Mes parents vivent dans le Var dans une ville de 3.500 habitants, ils ont six médecins! Moi j’en ai 5.000 et mes deux médecins s’en vont. On en est là".

Propos recueillis par Antoine Maes