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Centrales électriques visées, Kherson évacuée: en Ukraine, deux guerres parallèles

En Ukraine, les Russes bombardent des infrastructures électriques. Et dans le même temps, ils évacuent la ville de Kherson. Comme s'il y avait actuellement deux guerres distinctes sur le sol ukrainien.

En Ukraine, deux guerres semblent se dérouler en parallèle: l’une classique, le long d’une ligne de front, et l’autre qui a commencé la semaine dernière et qui consiste pour les Russes à bombarder, partout en Ukraine, des installations vitales pour le pays.

Sur le front, cela se passe mal pour les Russes, en particulier ces dernières heures à Kherson. C’est une ville très importante parce qu’elle a été la première conquise par l'armée russe au début de la guerre. Elle est aussi une des quatre préfectures récemment annexées par la Russie après un référendum contesté. A peine annexée, Kherson est sur le point d'être abandonnée.

Mercredi, les autorités locales ont annoncé que l’ensemble de la population civile devait quitter la ville et partir on ne sait où, vers d’autres zones contrôlées par les Russes, ou bien vers la Russie.

Les Ukrainiens dénoncent une déportation de population, des déplacements forcés, comme il y en a déjà eu depuis le début de cette guerre.

L'armée russe toujours présente

Mais l'armée russe, elle, n'a pas évacué la ville. Pour l’instant, ce sont environ 60.000 civils qui sont concernés, ainsi que toutes les administrations, les personnels de la mairie et de la préfecture.

Les soldats vont donc rester dans une ville fantôme. Avec pour eux, le risque d'être bientôt encerclé. Parce que cette ville est au bord du fleuve, le Dniepr, qui fait près de 500 mètres de large, et il n’y a pas de pont dans la ville. Des milliers de militaires russes pourraient donc se retrouver piégés dans cette ville abandonnée.

Pour Vladimir Poutine, l’image est terrible puisque qu’il avait célébré avec faste le mois dernier à Moscou l'annexion de Kherson et de sa région. Il avait affirmé que cette ville serait russe pour l'éternité. L’éternité sera finalement peut-être assez courte! 

Derrière le front, les Russes bombardent les villes ukrainiennes

En parallèle, une autre guerre se trame. Depuis dix jours, les Russes bombardent quotidiennement les villes ukrainiennes derrière la ligne de front. Et l’on commence à y voir plus clair sur l'objectif des Russes. Ce qui est principalement visé, ce sont les installations électriques. Des centrales, des stations relais, des transformateurs, des lignes à haute tension. L'objectif est de plonger des villes dans le noir, et surtout dans le froid, à quelques semaines de l’hiver.

Et de fait, plusieurs quartiers de Dnipro sont déjà privés d'électricité. Le maire de Jytomyr a fait savoir que toute sa ville était privée de courant et par conséquent d’eau courante, puisqu’il faut de l'énergie pour faire fonctionner les pompes. 

Même à Kiev, la capitale, certains quartiers n’ont plus de courant. Dans tout le pays, on compte plus de 1.000 localités concernées. La présidence indique que 30% des infrastructures électriques du pays sont touchées. On peut parler d’une guerre de l'électricité menée par les Russes contre les populations ukrainiennes.

Les drones au centre de la stratégie russe

Et cette nouvelle guerre se fait avec de nouvelles armes. L'essentiel des frappes de ces derniers jours ont été faites par des drones kamikazes de fabrication iranienne. Ils s'appellent "Shahed", ce qui veut dire martyr. Ces drones ressemblent à des petits avions de 3 mètres de long. Ils peuvent être tirés à plus de 1.000 ou 2.000 kilomètres de leur cible, depuis un camion. Il suffit d'entrer une position GPS et les drones vont s’écraser dessus avec une charge explosive. Ce sont des armes très bon marché, qui ne coûtent que 20.000 euros pièce. Cent fois moins cher qu’un missile de croisière. 

Ce qui permet aux Russes d’en envoyer un nombre considérable. L'armée de l’air ukrainienne affirme en avoir déjà détruit 223 depuis le début de l’offensive.

Cette guerre des drones marque aussi l'entrée indirecte de l'Iran dans le conflit. L’Iran qui vend les armes, mais qui a aussi envoyé des formateurs sur place, d'après le New York Times… C’est l’alliance du Kremlin et des ayatollahs.

Nicolas Poincaré