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Évacuations d'Afghans depuis Kaboul: pourquoi les talibans mettent la pression aux occidentaux

Des soldats sur l'aéroport de Kaboul en août 2021

Des soldats sur l'aéroport de Kaboul en août 2021 - MOD / AFP

EXPLIQUEZ NOUS - En Afghanistan, les talibans exigent le départ des occidentaux avant le 31 août, alors que les Etats-Unis, la Grande Bretagne et la France demandent un délai supplémentaire. On se dirige vers un bras de fer

C’est un bras de fer sur fond de catastrophe humaine. Depuis le 15 aout, des dizaines de milliers d’afghan se pressent autour de l’aéroport de Kaboul dans le fol espoir de prendre un avion et de quitter le pays. C’est un “bordel inimaginable”, disent les humanitaires sur place. C’est une débâcle pour les américains qui quittent le pays dans le chaos.

Ce fiasco qui dure depuis 8 jours déjà va se poursuivre encore une semaine, puisque les Américains avaient annoncé qu’il aurait définitivement quitté le pays le 31 août. Lundi, les principaux pays occidentaux ont fait valoir qu’ils ne pourront pas achever ces opérations d’évacuation avant la fin du mois. Les Etats-Unis, l'Europe, la Grande-Bretagne, la France ont envisagé de rester plus longtemps mais la réponse des talibans a été cinglante : c'est non ! C’est une ligne rouge.

Les talibans sont intransigeants. Ils attendent le départ du dernier avion américain pour former le premier gouvernement du nouveau régime. Et ils ne veulent pas que l’occupation américaine dure un jour de plus que prévu.

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Pourquoi les opérations d’évacuation sont-elles si longues ? 

Sur place, il y a beaucoup de monde à évacuer. Les Américains ont déjà sorti du pays 37.000 personnes et ils envisagent d’en évacuer encore autant. C'est-à-dire environ 15.000 ressortissants américains, plus 50 ou 60.000 Afghans. La France en est à 2.000 personnes évacuées aujourd’hui. Il n’y a pas d’objectif final chiffré mais on sait qu'au moins 5.000 Afghans peuvent espérer prendre les avions Français. Ce sont des personnes qui ont travaillé pour la France ou bien qui sont en danger. Des intellectuels, défenseurs des droits de l'homme ou encore opposants aux talibans.

Mais ils ont un mal fou à rejoindre l’aéroport, bloqués sur la route par des contrôles des talibans et bloqués à l'arrivée à l’aéroport par les soldats américains. 

Depuis Abou Dhabi Jean-Yves le Drian a expliqué hier que chaque vol était un exploit que la France était au rendez-vous de la solidarité. Mais l’histoire retiendra tout de même que la présence occidentale en Afghanistan s’est achevée dans un dramatique et pathétique "sauve qui peut". 

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Et que va-t-il se passer ensuite ? 

Après le départ des occidentaux, le pays devrait se refermer, et vivre sous la loi talibane comme à la fin des années 90. Des Afghans vont continuer à vouloir fuir leur pays. Comme ils le font depuis des années. Avant même la crise actuelle, ils étaient déjà la deuxième nationalité d’origine de ceux qui demandent l'asile en Europe. Cela représente environ 10.000 demandes d’asile par an en France.

Et ce chiffre risque d’augmenter. Mais pas forcément d’exploser, parce que quitter l'Afghanistan sera bientôt très difficile. La route de l’immigration clandestine vers l'Europe est épouvantable. Il faut passer les montagnes du Baloutchistan, traverser l’Iran sans se faire prendre, à pied ou cacher dans des camions. Franchir la frontière turque qui est de plus en plus protégée. Prendre un bateau pour les îles grecques, terminer par la route des Balkans. Il faut compter entre six mois et un an. Le voyage coûte au moins 12.000 euros. 

La journaliste Claire Billet, qui a elle-même fait plusieurs fois ce voyage pour des documentaires, estime qu’il n’y aura pas de vague migratoire comparable à celle de 2015 lorsqu’un million et demi de syriens s'étaient rués vers l’Europe. Parce que pour les afghans c’est trop dur, trop cher, et trop loin.

C'est pour cela que les Afghans se battent aujourd’hui à Kaboul pour décrocher les derniers visas et monter dans les derniers avions. Et il leur reste 7 jours… 

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Nicolas Poincaré