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Dans un texte de 600 pages, Agnès Buzyn se défend de sa gestion du début de la crise Covid

L'ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a publié un long texte où elle revient sur le début de la crise du Covid. Dans celui-ci elle affirme avoir, à plusieurs reprises, alerté le président de la République et son Premier ministre qui ne l'ont pas écouté au début.

L’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn se défend d’avoir mal géré le début de l'épidémie de Covid. Dans un long document, elle affirme qu'elle a sonné l’alerte, mais que personne ne l'écoutait. Elle dit même que lorsqu’elle prévenait de la gravité de la crise, tout le monde “s’en foutait, personne ne la prenait au sérieux”. Des accusations qui visent principalement Emmanuel Macron et le Premier ministre de l’époque Édouard Philippe.

Agnès Buzyn écrit tout cela dans un texte au statut étrange révélé par Le Monde. C’est une sorte de journal intime de 600 pages que l’ancienne ministre de la Santé a écrit après coup. Elle a d’abord envisagé de le publier, cela ne s’est pas fait et finalement, ce texte a été saisi par la Cour de justice de la République, et il est devenu une pièce du dossier de l’instruction qui est en cours. En effet, il faut rappeler qu’Agnès Buzyn dans cette enquête a été mise en examen.

Un récit passionnant à prendre avec précaution

C’est donc un long plaidoyer en sa faveur. C’est sa vérité, son point de vue, et sa défense... Et c’est comme cela qu’il faut le prendre, avec précaution.

Mais le récit est passionnant. Agnès Buzyn donne des dates. Dès le 25 décembre 2019, elle dit avoir repéré les tous premiers cas en Chine et alerté la direction générale de la santé. Le 2 janvier, un centre d’urgence est activé. À la mi-janvier, elle envoie des messages aux hôpitaux. Mais la plupart sont alors en grève et elle a l’impression d’avoir face à elle, je cite, “une armée endormie qu’elle n’arrive pas à secouer”.

Elle dit surtout avoir du mal à se faire entendre par le président et par le Premier ministre. Dans ce journal, Agnès Buzyn affirme avoir informé Emmanuel Macron et Édouard Philippe de la gravité de l’épidémie dès le 11 janvier. Elle a obtenu une réunion des ministres concernés fin janvier, mais elle avait l’impression de ne pas être entendue. Le 25 janvier, elle envoie des SMS au président et au Premier ministre demandant à être reçus rapidement pour leur expliquer ce qui se passe. Le président ne la rappelle pas et le Premier ministre non plus…

Poussée à briguer la mairie de Paris

Le 27 janvier, elle insiste par SMS auprès du président en parlant du nombre des morts qui explose en Chine. Emmanuel Macron ne la rappelle finalement que le samedi 8 février. Elle est au cinéma, elle sort de la salle et s'assoit sur des marches. Elle peut enfin parler au président. Elle lui prédit la fermeture des frontières, l'arrêt de l’économie, le temps que le virus fasse le tour de la terre, au moins un an. Elle prône un confinement comme en Chine. Selon elle, c’est ce jour-là qu’Emmanuel Macron a pris peur.

Et pourtant, une semaine plus tard seulement, Agnès Buzyn démissionne de son poste de ministre de la Santé. Et c’est effectivement une décision incompréhensible au vu de tout ce que l’on vient de dire. Une démission qui ressemble à une désertion en pleine crise. Là encore, Agnès Buzyn donne sa version. Le 14 février, Benjamin Griveaux, candidat à la mairie de Paris, doit jeter l’éponge à cause d’une vidéo privée et inappropriée. Aussitôt et pendant 48 heures tous les responsables de la majorité appellent Agnès Buzyn pour lui demander de conduire la campagne pour les municipales. “48 heures infernales'' dit-elle, même Emmanuel Macron l’appelle deux fois. On la menace de ne pas être reconduite au gouvernement si elle n’accepte pas. Après 48 heures d’un véritable harcèlement, elle cède. Décision qu’elle regrette aujourd’hui. Elle dit, “je n'aurais jamais dû partir”.

Quelles suites en justice?

Ce long texte est donc désormais entre les mains de la justice. En effet, Agnès Buzyn est la seule responsable politique poursuivie aujourd’hui. Elle est mise en examen pour mise en danger de la vie d’autrui. Elle a déjà été entendue une vingtaine de fois par les juges d’instruction. Et elle a donc pu développer tous ses arguments.

Édouard Philippe lui a été auditionné le 18 octobre, mais n’a pas été mis en examen. Agnès Buzyn s’insurge contre cette procédure. Selon elle, la France est le seul pays du monde à mettre en examen ses ministres pour la gestion de la pandémie. L'ancienne ministre après son échec aux municipales avait retravaillé à l'hôpital, puis elle avait rejoint l’OMS à Genève. Aujourd’hui, elle a été nommée à la Cour des comptes.

Nicolas Poincaré