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Guerre en Ukraine: une enquête ouverte pour escroquerie à l'aide humanitaire

Enquête RMC - Une enquête pour escroquerie contre un Français installé en Ukraine a été ouverte par la justice française. Un de ses donateurs a porté plainte contre cet homme qui a fait des appels aux dons sur sa page Facebook.

Il s'appelle Jérémy. Il est Français et habite en Ukraine. Dès le début de la guerre, il lance des appels aux dons sur sa page Facebook et dans les médias. Il explique vouloir rester en Ukraine pour venir en aide à la population. Il partage ses coordonnées bancaires, un RIB belge, et demande aux personnes qui le suivent sur les réseaux sociaux de partager ses appels aux dons.

C'est sur Facebook que Christophe découvre Jérémy. Ce tatoueur décide alors de lui reverser une partie de ses recettes, 600 euros. Mais le jour où il demande des justificatifs, impossible d'en obtenir.

Des menaces et des intimidations

Un proche de Jérémy le menace alors via Facebook: "S quelqu'un touche à un cheveu de Jérémy, il aura affaire à nous." Christophe reçoit même des menaces anonymes par téléphone.  Le message qu'il reçoit est assez intimidant:"les trop curieux devraient s'abstenir. Fouiller chez les autres, ce n'est pas bien. Nous aussi on peut se déplacer."

Il y a quelques jours, Christophe décide donc d'aller porter plainte à la gendarmerie contre Jérémy:

"Je me sens floué et trompé", explique-t-il.

Christophe ne doute pas de la présence sur place de Jérémy, mais selon lui, "il distribue beaucoup de choses mais pas à la hauteur de ce qu'il ramasse en dons". "On était tellement tous dans ce côté affectif, c'est une guerre qui touche tout le monde, proche de nous. Ce gars est sur place, assez malin, il communique bien. On ne s'est pas posé les questions essentielles. On a foncé, on a donné", regrette-t-il.

Chrishophe n'est pas le seul à avoir le sentiment de s'être fait berner. Une autre donatrice a été auditionnée ce vendredi dans le cadre de l'enquête ouverte par le parquet de Valence. Elle aussi raconte avoir eu les mêmes soupçons que Christophe lorsque Jérémy a refusé son aide pour constituer une association, définir un cadre pour son projet humanitaire, et tout cela sans raison valable.

"Les gens qui ont des doutes, j'en ai rien à faire"

De son côté, Jérémy dément fermement toute accusation d'escroquerie. Il assure avoir récolté 50.000 euros de dons et avoir dépensé la quasi-totalité au profit de familles ukrainiennes. Sur sa page Facebook, il publie tous les jours des vidéos d'enfants qui le remercient pour des jouets, des chaussures ou de la nourriture. Il assure aussi avoir gardé tous les tickets les preuves de ses achats: "J'ai acheté pour 4.000 euros de médicaments, par exemple. Je n'ai pas le temps de les scanner, car je suis dans l'action. On a gardé les tickets."

"Les gens qui ont des doutes, j'en ai rien à faire. Je sais ce que j'ai fait, comment je l'ai fait, j'ai aidé la population au plus près du front, et dire que je suis un escroc, c'est abusé", se défend-il

A ce stade, le parquet rappelle que Jeremy est présumé innocent. Mais la plateforme belge qui lui sert à recevoir ses virements procède à des vérifications. Quant au site Onparticipe.fr il assure que la cagnotte de 3.000 euros au profit de Jeremy ne sera versée qu'après la vérification des factures envoyées par le Français expatrié en Ukraine.

Éviter les dons via les réseaux sociaux

Pour être certain que son don soit entre de bonnes mains, il faut se méfier des dons sur les réseaux sociaux. "Avoir comme seule garantie, l'identité d'une personne, un compte sur un réseau social n'est pas suffisant pour s'assurer de la réalité de l'existence de la personne", explique Nicolas Arpagian, expert en cybersécurité.

Si vous souhaitez toutefois continuer à donner pour aider telle ou telle cause, il faut alors préférer les dons à des structures reconnues, comme la Croix-Rouge ou le Secours Populaire, concernant la guerre en Ukraine. Nicolas Arpagian explique que "dès lors que l'on conduit des actions humanitaires, il faut engager des moyens physiques, pouvoir avoir des contacts locaux, ce qui demande une logistique importante surtout dans des zones en conflit."

"Il faut privilégier les dons à des structures organisées qui ont l'habitude de conduire ce type de procédure et qui sont surveillées en France par la Cour des comptes pour valider les financements et s'assurer du bon fléchage de l'argent fourni par la générosité collective", conclut l'expert en cybersécurité.

Aujourd'hui il est impossible de chiffrer le montant des dons versés par des Français pour l'Ukraine mais une plateforme qui regroupe de nombreuses associations parle d'au moins deux millions d'euros donnés depuis le début du conflit, il y a deux mois.

Benoît Ballet (édité par MM)