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Lutte contre les rodéos urbains: des stages de moto encadrés pour les jeunes, la solution?

Face à la multiplication des rodéos urbains en période estivale et alors que le gouvernement se veut plus répressif, des associations font de la prévention et essaient de permettre aux adeptes d'accéder à une pratique encadrée.

Les rodéos urbains font rage cet été avec son lot de drames. Un jeune de 19 ans est mort mardi 16 août à Marseille en faisant une roue arrière à moto. Un homme de 27 ans est mort après avoir été blessé par balle en marge d'un rodéo urbain samedi 13 août à Colmar et deux enfants ont été gravement blessés à Pontoise après avoir été percuté par une moto lors d'un rodéo le 5 août dernier. Enfin, plus tôt cet été, c'est un jeune de 19 ans qui avait été tué lors d'un autre rodéo urbain à Rennes.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin souhaite plus de fermeté de la part des forces de l'ordre. Mais sur le terrain, la prévention est également de mise. Dans le quartier de la Madeleine à Evreux (Eure) où les rodéos de motos sont légion, les éducateurs sont en première ligne pour prévenir tout dérapage. Ils proposent aux jeunes du quartier des stages d'une semaine pour sensibiliser à la pratique.

"J'ai compris qu'il y a des risques"

Yanis, 17 ans, revient tout juste d'un stage d'une semaine où il a appris les bonnes pratiques de la moto: "Depuis qu'on est petit, on voit les gens faire de la moto, lever la roue, lâcher les mains. C'est banal et c'est stylé", assure-t-il. Mais le stage a réussi à lui faire prendre conscience de certains points: "Si demain j'ai une moto au quartier et qu'on me propose, je vais en faire, je ne vais pas mentir. Mais j'ai compris qu'il y a des risques, des tenues à avoir et qu'il ne faut pas se mettre en danger bêtement".

Son éducateur Insa écoute attentivement convaincu que la prévention est plus adaptée pour amener les jeunes tentés à être plus raisonnables: "Ça marche j'en suis convaincu. Maintenant on fait un travail de fond, pas un travail de forme. Je comprends le répressif mais est-ce que ça ne va pas étirer la fracture qu'il y a déjà entre la jeunesse et les forces de l'ordre?", s'interroge-t-il.

Le ministère de l'Intérieur finance 80% de ces stages, encore peu répandus. En contrepartie, les jeunes s'engagent dans des chantiers participatifs avant le départ. Un engagement essentiel pour la cheffe des éducateurs d'Evreux, Virginie Mendy: "Le séjour a un coût, mais chaque jeune qui est parti a participé en amont à des actions sur son quartier. C'est pas des vacances, ce n'est pas non plus une récompense", prévient-elle.

Ateliers sécurité avec des policiers, débats et pratique de la moto

Une fois sur place, près de Chalon-sur-Saône, les jeunes apprennent à être plus raisonnable. Au programme, des ateliers de sécurité routière avec des policiers, des débats et l'activité préférée, la pratique de la moto-cross. Une pédagogie mise en place par Aimé Bakop; le fondateur de ce stage aux côtés d'un nouveau groupe d'ados en ce moment:

"On essaye par tout ce parcours d'amener les jeunes à une vraie réflexion. 30% des jeunes tués ou victimes d'accidents graves, ce sont des jeunes qui n'avaient pas la maîtrise de leur deux-roues.

Ici, on a donc des professionnels qui aident les jeunes dans la prise en charge d'un véhicule deux-roues. On leur apprend les gestes de premier secours au cas où ils devraient agir un jour. Même s'ils vont nous trouver très durs sur certaines choses, on est assez content des jeunes qu'on reçoit", assure-t-il.

L'objectif aussi, est d’inciter les jeunes comme Yanis à se tourner vers une association pour pratiquer leur passion de manière encadrée, sur des terrains plus adaptés que les trottoirs de leur quartier.

D'autres alternatives locales

D'autres initiatives locales de ce type existent. À Vaux-en-Velin près de Lyon Mehdi Bensafi directeur de l’association Synergie Family organise des stages de moto: "L'initiative vient d'une réflexion suite à un drame qui a eu lieu à Vaux-en-Velin il y a quelques années".

Le principe est le même qu'à Evreux. Nouer le dialogue avec les jeunes et chercher des terrains de pratique de la moto: "Les jeunes se demandent où ils peuvent le faire et nous avons cherché une alternative avec des terrains homologués", explique-t-il, assurant avoir encadré plus de 70 jeunes qu'il emmène sur des terrains de moto-cross.

"Le but est de leur faire découvrir le réel motocross et pas le cross sur bitume sur la voie publique et près de jardin d'enfants". Et il l'assure, au contact de professionnels, les jeunes "découvrent une autre adrénaline", explique Medhi Bensafi, invité de RMC ce jeudi.

"Il faut offrir des sites de pratique de proximité"

Cela résulte-t-il à moins de rodéos sur la commune? Pas si sûr, mais l'essentiel n'est pas là assure-t-il: "À partir du moment où on a 400 jeunes qui s'inscrivent, cela veut dire qu'on a 400 jeunes qui connaissent une alternative et qui pour certains vendent leur moto et restent avec nous dans ce dispositif", défend Medhi Bensafi. "On ne pourra pas séduire tout le monde avec cette alternative, mais le but est d'attirer les passionnés de moto", ajoute-t-il.

Une pratique que défend Sébastien Poirier, le président de la Fédération française de motocyclisme (FFM): "Il faut être répressif mais offrir également des perspectives", plaide-t-il ce jeudi sur RMC. "Il y a des jeunes qui ont envie de faire de la moto mais ne savent pas où en faire. Il faut offrir des sites de pratique de proximité pour les jeunes qui veulent s'amuser sur la moto", ajoute Sébastien Poirier.

Depuis le 8 août, près de 3.000 opérations de police ont été effectuées et plus de 150 scooters et motos ont été saisis. Et désormais, chaque commissariat de police devrait mener au moins trois opérations anti-rodéos par jour, a assuré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

Nicolas Traino avec Guillaume Dussourt