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"Où sont les casseurs, les pilleurs?": les 73 premiers "gilets jaunes" jugés lundi

73 premières personnes ont été jugées lundi à Paris après avoir arrêtées lors de la manifestation des "gilets jaunes" qui a dégénéré samedi à Paris.

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a promis dimanche la plus grande fermeté à l'encontre des auteurs de dégradations, de violences samedi dans les rues de Paris. 412 personnes ont été interpellés et après plusieurs heures de garde à vue, 73 ont été jugées en comparution immédiate lundi au tribunal de Grande instance de Paris.

Des comparutions immédiates à la chaîne dans 5 salles d'audiences au total. Du jamais vu. Et ce sont surtout des "gilets jaunes" qui ont comparu. Il n'y avait pas de militants de l'ultra-droite ou de l'ultra-gauche. Pour la plupart, c'est la première fois qu'ils se retrouvent devant un juge. Et ça se voit. Fébriles, ils écoutent attentivement, cherchent du regard un proche dans la salle.

"J'ai essayé de parler aux CRS à plusieurs reprises, mais ils m'ont énervé"

Parmi eux, Stéphane, un menuisier, pompier volontaire depuis plusieurs années. Samedi, il a été arrêté en marge de la manifestation. Dans son sac, les enquêteurs ont retrouvé des gants, un masque de protection et un gilet jaune.

Ce père de famille a filmé les forces de l'ordre et sur les images on l'entend les insulter. Au juge, le pompier volontaire explique: "J'ai essayé de parler aux CRS à plusieurs reprises, mais ils m'ont énervé. Alors oui, j'étais fâché, je pense vraiment que le peuple en a marre."

Le jeune homme a finalement été relaxé.

Un autre prévenu dit avoir tenté aussi une discussion avec les forces de l'ordre. Lui est boucher-charcutier, 45 ans, et croule sous les dettes. Samedi matin, exaspéré par l'attitude des CRS, il leur a foncé dessus sans protection, sans rien. Dans son sac, les policiers ont retrouvé un couteau. Le boucher-charcutier a été condamné a 4 mois de prison ferme avec un aménagement de peine.

"J'ai juste voulu venir voir en direct le bordel"

3 peines de prison ferme ont été prononcées au total dans cette salle d'audience sur 13 personnes présentées. Un seul "gilet jaune" a été incarcéré à l'issue de l'audience, il portait sur lui un lance pierre et des billes au moment de son interpellation. Arrêté, il n'a pas participé à la manifestation.

Les autres ont été condamnés à des peines de prison avec sursis. A l'énoncé du jugement, le président du tribunal à eu cette phrase: "C'est un avertissement. Sachez en tenir compte."

Et lorsqu'on regarde les faits reprochés à ces gilets jaunes, un seul sur les treize prévenus a été jugé pour des actes de violence directe. Ce jeune homme a profité du pillage d'un magasin pour voler un casque de moto. Un casque qu'il a jeté ensuite sur les policiers venus l'interpeller.

A la barre, il reconnaît le vol, mais pas la violence: "J'ai juste voulu venir voir en direct le bordel. J'ai trouvé un casque je l'ai pris."

"Où sont les casseurs, les pilleurs?"

Pour les autres, ils ont tous été arrêtés en marge des violences, avec dans leur sac des frondes, des pierres, des masques de protections...

Ce ne sont donc pas les casseurs qui ont été jugés lundi. Aucun n' a participé aux dégradations sur l'Arc de Triomphe ou aux pillages de dizaines de boutiques sur les avenues autour. A plusieurs reprises, les avocats l'ont fait remarqué au président du tribunal: "Où sont les casseurs, les pilleurs?"

D'autres comparutions immédiates vont avoir lieu ce mardi. Avec, nous dit-on, des dossiers plus lourds. Des personnes dont les gardes à vue ont été beaucoup plus longues.

Céline Martelet (avec J.A.)