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Photos de l'attentat de Nice publiées par Paris Match: la fille d'une victime se dit "profondément choquée"

Fille de la première victime de l’attentat de Nice, Hanane Charrihi a réagit à la publication ce jeudi par Paris Match de photos de l'attentat. La jeune femme, qui a publié un livre hommage à sa mère et d'amour à la France, ‘Ma mère patrie’ était l'invité de Bourdin Direct.

Au moment où les hommages de l’attentat de Nice s’apprêtent à commencer dans tout le pays, la polémique enfle autour de la publication de nouvelles photos des caméras de surveillance dans Paris Match. Hanane Charrihi a réagi. "Je ne les aies pas vues. Mais ça me choque. Il y a déjà vu assez de choses choquantes lorsque les attentats ont eu lieu, des vidéos, des photos sur les réseaux sociaux. C’est trop."

Fille de la première victime du camion fou, le 14 juillet 2016, Hanane Charrihi raconte. "Elle se trouvait avant les festivités. Elle était avec toute ma famille. Ce soir-là, j’étais en région parisienne, j’ai appris la nouvelle sur les réseaux sociaux. Et j’avais aucune idée que ma famille se trouvait à Nice." 

"Une femme a dit ‘bande de terroristes, cette fois-ci c’est votre tour’"

Musulmane d’origine marocaine, Hanane Charrihi relate également les violences et les attaques reçues après le drame. "Le soir-même, ma mère était encore au sol, les ambulances tournaient encore. Une voiture s’est arrêtée et a insulté ma famille, alors que tout le monde était encore sous le choc. Et une femme a dit ‘bande de terroristes, cette fois-ci c’est votre tour’. Et aussi 2 jours après, lorsque je suis allée me recueillir à Nice, et un monsieur m’a dit ‘on ne veut plus de vous ici, on ne veut plus de ça ici’. Et un autre 10 minutes plus tard ‘tant mieux si vous avez perdu votre mère, ça fait une en moins’.", déplore-t-elle.

Mais l’horreur et la tristesse ne l’empêchent pourtant pas de livrer un message de paix et d’espoir, à travers un livre et une association qui lui permettent de tenir bon. "1 tiers des victimes était musulmane. L’objectif de l’association que j’ai créé est de la prévention contre la radicalisation car c’est vraiment un fléau qui nous frappe et qu’on ne maîtrise pas du tout. On voit cette radicalisation même dans notre quotidien, j’ai un ancien camarade de collège qui est parti. On lutte contre ce sujet par la sensibilisation dans les collèges, les lycées. D’autres victimes ont également mené ce combat-là, avec à chaque fois des profils différents : des mères, des veufs. Et je voulais surtout m’occuper des jeunes, de 16 à 25 ans, qui veulent en finir avec leur vie, je n’arrive pas à comprendre. L’ignorance les frappe, et ils sont endoctrinés.", explique-t-elle.

"Si je sauve au moins un radicalisé, ce sera déjà bien"

Pour leur venir en aide, Hanane Charrihi a plusieurs idées. "Un de mes projets principaux est de les emmener en voyage humanitaire, tout ce qui est humanitaire enrichit le cœur. Et je veux qu’ils réalisent la chance qu’ils ont d’être en France, d’avoir l’école gratuite, toutes ces facilités que j’ai pu avoir. Ils pensent que c’est la misère d’être en France. Je n’ai pas l’ambition de sauver tous les radicalisés. Mais si j’en sauve au moins un, ce sera déjà bien. Je lance l’association demain, un après le jour où on m’a coupé une jambe, jour qui me permettra de me relever aussi."

Bourdin Direct (avec T. Masson)