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Prescription des crimes sexuels: "un enfant n’est pas capable de nommer ce qui s’est passé"

Lundi, Flavie Flament et Jacques Calmettes remettent à Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes leur rapport sur le délai de prescription applicable aux crimes sexuels commis sur les mineur(e)s.

Aujourd'hui de 20 ans (à partir de la majorité de l'enfant donc il a techniquement jusqu'à 38 ans pour porter plainte), le délai de prescription fait souvent débat. Et certains souhaitent l'imprescriptibilité de ces délits. L'idée du rapport est donc de confronter les points de vue des victimes et des associations pour faire d'éventuels aménagements juridiques.

RMC a pu consulter ce rapport en avant-première et dedans, les deux auteurs font 9 recommandations. La première: augmenter le délai de prescription de 20 à 30 ans en cas de crimes sexuels commis sur les mineurs.

Une bonne idée selon Edouard, victime d'agressions sexuelles répétées entre 5 et 9 ans de la part de son oncle. Il n'en a parlé qu'à l'âge de 25 ans. Et ça aurait pu prendre plus de temps encore. Alors pour lui l'allongement des délais de prescription est une nécessité. "Avant de pouvoir en parler aux autres, il faut déjà être capable de se le dire à soi-même. Et c’est ça qui pour moi prend le plus de temps. Et c’est pour ça que la question de la prescription est intéressante. Parce que quand on est enfant, on n’est pas capable de mettre un nom sur ce qui s’est passé. Et le problème c’est que ça fait des ravages".

"Être agressé, c’est comme si on était marqué au fer rouge"

Encouragé par son père, Edouard a déposé plainte. Une étape essentielle dans sa reconstruction. "Être agressé, c’est comme si on était marqué au fer rouge. Et porter plainte, d’un seul coup, on est marqué par autre chose. On est marqué par la reconnaissance. Et ça change tout. Même si ça ne va pas plus loin au niveau de la justice. Porter plainte nous permet juste de faire face aux choses. Et vivre enfin".

Edouard a coupé les ponts avec une partie de sa famille. Et il a enfin pu aller de l'avant. Il a terminé ses études au Canada et il est devenu professeur d'anglais.

Marion Dubreuil (avec A.M.)