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Procès Balkany: "Oui, Patrick Balkany a fraudé le fisc mais on est loin des 13 millions évoqués"

Le tribunal correctionnel de Paris rendra le 18 octobre son jugement dans le second volet du procès des époux Balkany, édiles de Levallois-Perret suspectés de "blanchiment à grande échelle", qui ont concédé quelques "fautes" mais toujours nié s'être fait offrir un luxueux riad à Marrakech.

Verdict le 18 octobre. Pendant cinq semaines de procès, entre coups de sang et gouaille culottée, Patrick Balkany aura tout tenté pour n'apparaître que comme un "fraudeur passif" ayant la corruption en "horreur", rattrapé par sa "manie de vouloir toujours faire plaisir".

Le couple Balkany est soupçonné d'avoir caché 13 millions d'euros d'avoirs au fisc entre 2007 et 2014, notamment deux somptueuses villas, Pamplemousse aux Antilles et Dar Guycy à Marrakech: une affaire devenue "un symbole de l'impunité des puissants".

Les Balkany ont reconnu une fraude fiscale et même une partie des faits de blanchiment. Isabelle Balkany avait, pendant l'instruction, admis avoir acquis grâce à un héritage familial la villa antillaise en 1997, via une société constituée au Liechtenstein par une fiduciaire suisse.

Le couple a en revanche toujours nié détenir le riad de la palmeraie, acquis en janvier 2010 par une SCI marocaine, elle-même détenue par une société écran panaméenne aux titres au porteur. Et ce, en dépit des peignoirs brodés aux initiales "PB", des livres dédicacés, des meubles payés par Isabelle Balkany et livrés dans la villa saharienne.

"C'est l'argent de son père"

Ce jeudi dans Bourdin Direct, son avocat Eric Dupond-Moretti a de nouveau déroulé son argumentaire:

"Oui, Patrick Balkany a fraudé le fisc, mais les chiffres feront l'objet d'une discussion ultérieure devant l'administration fiscale. Avec le prix de vente de la maison à Giverny et celle de Saint-Martin, on est très loin des 13 millions. Cet argent qu'il a caché n'est pas de l'argent public mais la fortune de son père. Le père Balkany est un juif hongrois qui connait la déportation. Quand il revient avec un ami il rachète les "camps cigarettes" –des camps de transit pour les soldats américains en France, ndlr-, le matériel laissé par les Américains après la Libération. Ils ont fait tune immense fortune. Et le père Balkany a planqué cet argent en Suisse".

Et de plaider un changement d'époque: "Les gens de ma génération ont connu une époque où on parlait de la fraude fiscale comme d'un sport national. C'était une autre époque. Ces changements sociétaux génèrent souvent des excès".

Le parquet national financier (PNF) a requis une peine à la hauteur de "l'atteinte à la démocratie" qu'il reproche au maire LR de cette commune cossue de l'ouest parisien: sept ans de prison ferme, son incarcération immédiate, dix ans d'inéligibilité et la confiscation de tous ses biens. Contre Isabelle Balkany, le parquet a demandé quatre ans avec sursis et 500.000 euros d'amende.

Paulina Benavente avec AFP