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Procès du 13-Novembre: la dernière ligne droite commence, avec les plaidoiries de la défense

Dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, Nicolas Poincaré est revenu sur le procès des attentats du 13-Novembre, dont la dernière ligne droite débute.

On entre dans la dernière ligne droite du procès des attentats du 13 novembre. Les plaidoiries de la défense commencent ce lundi. Et le verdict est attendu le 29 juin, pour un procès qui a commencé le 8 septembre. Neuf mois et demi, c’est le procès le plus long de l’histoire judiciaire français, pour juger des attentats les plus meurtriers de l’histoire de France. Une immense salle d’audience construite spécialement, vingt accusés dont 14 présents, un dossier d’un million de pages, 2.400 parties civiles, 300 avocats. Cela restera forcément dans les annales. Les audiences ont d'ailleurs été filmées pour l’histoire. Les images seront disponibles dans 50 ans, et avant pour les chercheurs.

Un des enjeux de ce procès, c’était de savoir si le principal accusé, Salah Abdeslam allait parler… Parce que le seul survivant du commando terroriste n’avait presque jamais rien dit auparavant. Il avait refusé de venir aux audiences de son premier procès en Belgique. Il avait refusé de voir les experts psychiatres. Même avec son premier avocat, Franck Berton, il ne disait pas un mot. Et en prison, lorsqu’il parlait aux surveillants, c'était la plupart du temps pour les insulter…

Et puis finalement, devant la cour d’assises, il a parlé. Surtout deux fois. Le 9 février, il a expliqué par périphrase qu’il n’avait pas déclenché sa ceinture d’explosif, volontairement. Et ce jour-là, il a également insisté sur le fait qu’il n’avait tué personne. Mais c’est surtout le 13 avril qu’il a fait basculer le procès. A la surprise générale, il a annoncé qu’il allait s'expliquer sur tout. "Je présente mes excuses aux victimes", a-t-dit, avant de prononcer cette phrase incroyable: "Je vous demande de me détester modérément".

Et puis ce même jour, Salah Abdeslam a cette fois affirmé clairement qu’il avait volontairement renoncé à faire exploser sa ceinture. Il a raconté ce qu’il n’avait jamais dit: qu'il était rentré dans un café du 18e arrondissement de Paris pour se faire sauter, mais qu’il avait vu des jeunes en train de danser et qu’il avait renoncé. Pas par peur, mais par "humanité". On n’est pas obligé de croire en ce récit. Mais ce jour-là, Salah Abdeslam avait visiblement choisi de parler et de s’excuser pour essayer d'échapper à la peine maximale.

Peine maximale requise contre Salah Abdeslam

Pourtant, le parquet vient de requérir contre lui cette peine maximale. C’était vendredi, après trois jours de réquisition. Les avocats généraux ont demandé aux jurés de condamner Salah Abdeslam à la perpétuité assortie d’une période de sûreté incompressible. C'est-à-dire la perpétuité réelle, quasiment sans espoir de sortir. Une peine qui n’a été prononcée que quatre fois en France. Camille Hennetier, la chef du parquet national antiterroriste, a parlé d’une réinsertion impossible en demandant: "Que répondre à un homme qui est sûr de mériter le ciel s’il vous égorge ?".

La perpétuité a aussi été requise contre Mohamed Abrini, l’ami d’enfance de Salah Abdeslam, qui était venu avec le commando mais qui était rentré en Belgique la veille des attentats. Perpétuité aussi pour deux terroristes qui devaient ce jour-là perpétrer des attentats à Amsterdam. Mais on ne saura jamais pourquoi ils ne l’ont pas fait, puisqu’ils n’ont pas dit un mot pendant le procès… Perpétuité requise encore contre un logisticien qui avait loué des caches et véhiculé des terroristes. Et contre cinq des six accusés absents. Absents très certainement parce qu’ils sont morts en Syrie…

De ces neuf mois d’audiences, on retiendra aussi des témoignages des rescapés et des proches de ceux qui sont morts. Ils sont presque 450 à avoir témoigné. Des récits de douleurs et de vies brisées. Cinq semaines d’émotion, impossible à résumer en quelques mots. Mais on peut citer Philippe Duperron, président de l'association de victimes 13Onze15, qui a perdu son fils au Bataclan. Il a parlé d’un procès exemplaire, de la délicatesse du président et de l’effet "cathartique" pour ceux qui ont témoigné. La catharsis, c’est ce qui à la fois libère et purifie.

LP