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Répression des fraudes, plaintes collectives... Des influenceurs dans le viseur des autorités

Les influenceurs sont suivis par des millions de personnes sur les réseaux sociaux (photo d'illustration).

Les influenceurs sont suivis par des millions de personnes sur les réseaux sociaux (photo d'illustration). - DENIS CHARLET / AFP

Plaintes collectives déposées, ciblage de la répression des fraudes, volonté de régulation de la part de l'État... Le monde de l'influence vit un tournant. Les pratiques de certains influenceurs sont pointées du doigt et des actions en justice sont en cours.

C'est un tournant dans le monde de l'influence et de la téléréalité. Pour la première fois, selon le Collectif AVI (Aide aux victimes d'influenceurs), une action collective en justice a été engagée contre des influenceurs.

Deux plaintes collectives réunissant 88 plaintes conjointes, notamment pour "escroquerie" et "abus de confiance" ont été déposées vendredi auprès de la procureure de Paris, a indiqué l'avocat Alexandre Dacos lors d'une conférence de presse. Ces plaintes ont été déposées "contre X" mais visent en premier lieu les pratiques du couple d'influenceurs Marc et Nadé Blata "et le réseau qui leur permet de ne pas agir seuls", a-t-il expliqué.

Ces plaintes ont été déposées à la suite de la mise en vente et la promotion par le couple de deux produits financiers dans lesquels ont investi des milliers de leurs abonnés, sans en voir les gains promis, selon l'avocat. Selon Me Dacos, le préjudice total est estimé à 6,3 millions d'euros, avec des "milliers d'investisseurs ayant perdu de quelques centaines à 100.000 euros" dans ces deux projets.

D'autres influenceurs et agences visés par des plaintes

Marc Blata, aux plus de 4 millions d'abonnés sur Instagram, et actif sur la promotion de ces produits a acquis une notoriété sur les réseaux sociaux avec ses "croustis", présentés comme des révélations sur le monde de la téléréalité, les stars du rap ou du football.

Le couple Blata n'est pas le seul concerné. L'ancien candidat de Koh Lanta et influenceur Dylan Thiry, est lui aussi visé par cinq plaintes, d'après nos confrères de Libération. Il lui est reproché d'avoir détourné de l'argent récolté sous forme de cagnottes en ligne pour des projets humanitaires. En effet, ce dernier a organisé plusieurs voyages humanitaires notamment à Madagascar, financés en partie par des dons.

Magali Berdah, qui dirige la puissante agence d'influenceurs "Shauna Events" est également dans le viseur. La justice a ouvert une enquête pour "pratiques commerciales trompeuses" contre cette agence le 6 septembre dernier, qui a été confiée au commissariat d'Antibes, ville où est immatriculée la société.

La Répression des fraudes a aussi ciblé plus d'une soixantaine d'agences et d'influenceurs actifs dans la promotion de cosmétiques, de compléments alimentaires, de programmes "minceur" ou encore dans les services de trading et de paris en ligne depuis 2021. Elle révèle, ce lundi, que plus de la moitié (60%) d'entre eux n'ont pas respecté la réglementation sur la publicité et les droits des consommateurs. Plusieurs procédures ont ainsi été ouvertes à leur encontre.

Vers un encadrement légal du métier d'influenceur?

En novembre 2022, c'est le député EELV Aurélien Taché qui a déposé une proposition de loi visant à encadrer les pratiques commerciales et publicitaires liées au marché de l’influence sur internet et donc de "lutter contre la propagation des pratiques commerciales trompeuses et illicites sur internet".

Désireux de mieux encadrer les pratiques des influenceurs, le ministère de l'Economie a initié en décembre une série de réunions avec une cinquantaine d'acteurs du secteur et a lancé une consultation publique, ouverte jusqu'au 31 janvier. Chacun peut donc se rendre sur le site "concertation-influenceurs.make.org" pour faire des propositions et donner son avis sur la question.

Le rappeur Booba fait partie de ceux qui dénoncent ces influenceurs depuis des mois. Il se définit comme un lanceur d'alerte et a crée une boite mail pour recueillir les témoignages de personnes victimes des pratiques commerciales de ces influenceurs. Marc Blata, Dylan Thiry ou encore Magali Berdah, entre autres, il cible de nombreuses célébrités qu'il qualifie d'"influvoleurs".

AB avec AFP