RMC

Violences policières: comment Gérald Darmanin s'est retrouvé dans l'œil du cyclone

Gerald Darmanin sur BFMTV hier soir.

Gerald Darmanin sur BFMTV hier soir. - BFMTV

EXPLIQUEZ-NOUS - Alors qu'il tente de faire passer le controversé "article 24" de son projet de loi sur la "Sécurité globale", le ministre de l'Intérieur est déstabilisé par la diffusion d'images de violences policières en quelques jours seulement.

Combien de temps pourra-t-il tenir? Gérald Darmanin s’est expliqué jeudi soir sur France 2 après le tabassage d’un producteur de musique samedi à Paris. Le ministre de l'intérieur se retrouve en première ligne parce que les images sont terribles. Un homme de 41 ans, roué de coups, de coups de poings, de coups de matraques, de coups de pied alors que les policiers lui reprochaient de ne pas porter de masque. Résultat, ils l'ont tabassé pendant 7 minutes en le traitant de "sale nègre".

Le ministre de l'Intérieur ne pouvait pas faire comme s’il n’avait rien vu. D’autant que les protestations sont unanimes. Les footballeurs Mbappé et Griezmann dénoncent, l'opposition hurle, le prédécesseur de Gérald Darmanin, Christophe Castaner, parle d’une agression raciste. Même le Garde des Sceaux se dit scandalisé. Bref, le scandale est énorme et il y a le feu au ministère de l'Intérieur. 

Des sanctions demandées

Quatre policiers sont suspendus. Les trois cogneurs plus celui qui a lancé une grenade lacrymogène dans les studios d’enregistrement. Gérald Darmanin indique qu’ils seront révoqués dès la fin de l'enquête judiciaire. Il les condamne sans ambiguïté: "Ils ont sali l’image de la république, ils ne sont pas dignes de porter l’uniforme, ils ont déconné". Les policiers sont donc clairement lâchés.

En revanche, le ministre de l'Intérieur refuse de lâcher le préfet de police, Didier Lallement. Il n’aime pas la "politique de fusible". Le préfet contesté reste donc à son poste.

Sommé de s'expliquer sur les violences place de la République

Le ministre de l'Intérieur avait dès lundi évoqué des images "choquantes" après les violences place de la République. Il a donc demandé une enquête express à la police des polices qui a rendu un rapport jeudi soir. L’IGPN a enquêté sur trois images. Celle d’un commissaire de police qui fait un croche-pied à un migrant, filmée notamment par Rémi Ink de RMC. Résultat, c’est un "manquement". Le commissaire divisionnaire sera puni.

Deuxième image. Un policier qui donne un coup de pied à des manifestants. Là, pas de faute, dit l’IGPN. Il n’a fait que se défendre.

Troisième image. Un journaliste indépendant, Rémy Buisine, frappé au sol par le même policier. L’IGPN ne tranche pas. Les enquêteurs disent ne pas avoir assez d'éléments et ne pas encore avoir pu entendre la victime.

Des affaires révélées par les images... au grand dam de Gérald Darmanin

Ça ne pouvait pas tomber plus mal. C’est un télescopage incroyable. Mardi, le ministre de l'Intérieur a fait adopter sa loi de sécurité globale avec son article 24 qui pourrait limiter la liberté de diffuser des images de policiers. Et mardi, le même jour, on découvre les images des policiers face aux migrants place de la République. Et le même jour, la police découvre les images terribles du producteur, tabassé à Paris. Si nous avons eu connaissance de ces images mercredi, Gérald Darmanin connaissait leur existence depuis mardi.

Autrement dit, les faits ont prouvé que les images étaient essentielles pour prévenir les violences policières au moment même où l’assemblée votait des restrictions à la restriction de ces images. 

Gérald Darmanin se retrouve en difficulté

Pour Gérald Darmanin, pas question de revenir sur sa loi et sur son article 24, mais Jean Castex a décidé jeudi de nommer une commission indépendante pour réécrire cet article. Et quand on nomme une commission, on sait ce que ça veut dire: "C’est pour l’enterrer", disait Clémenceau. 

Gérald Darmanin est en difficulté parce qu’il a donné l’impression dans cette affaire d'obéir aux syndicats policiers. Déjà au printemps, croyant faire plaisir à ses troupes il avait dit: "Quand j'entends le mot violence policière, personnellement je m'étouffe". Une phrase stupéfiante de provocation juste après la mort de Georges Floyd par étouffement aux Etats-Unis. Ou la mort à Paris du coursier Cédric Chouviat tué après un plaquage ventral de policiers.

Le jeune ministre de l'Intérieur a un modèle, Nicolas Sarkozy. Il parle comme Sarkozy qui voulait passer le karcher et nous "débarrasser des racailles".

Mais quand il dit que les violences policières n'existent pas, il s’inspire d’un autre ministre de l'intérieur Charles Pasqua qui en arrivant place Beauvau avait dit au policiers: "Quoi qu’il arrive je vous couvre". Et cela n'avait pas donné de très bons résultats. 

Nicolas Poincaré