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Amélie Oudéa-Castera, la ministre des Sports, peut-elle gagner son bras de fer avec Noël Le Graët?

Va-t-il partir ou va-t-il rester? Noël Le Graët, actuel président de la Fédération française de football, est poussé vers la sortie. Au-delà de ses propos sur Zidane dimanche, il est mis en cause dans d'autres dossiers. La ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castera, est décidée à obtenir son départ, mais les choses ne sont pas si simples.

Après la sortie de Noël Le Graët à propos de Zinedine Zidane, le président de la Fédération française de football est rattrapé par plusieurs dossiers, notamment des soupçons de harcèlement sexuel. Face aux nombreuses polémiques et sorties de route, Amélie Oudéa-Castera, la ministre des Sports, voudrait bien obtenir son départ.

Elle a estimé, lundi soir, que les salariés de la Fédération et les footballeurs français méritaient mieux que celui qui les dirige actuellement. Selon elle, "la faillite est établie". Noël Le Graët est "profondément défaillant" et il faut en tirer rapidement les conséquences.

Sauf que juridiquement, la ministre a peu de poids. Elle ne peut pas, théoriquement, exiger sa démission. Il a été élu par un Comité exécutif, lui-même élu par une Assemblée générale, elle-même issue des districts et des clubs, et son mandat court pour encore deux ans.

Une enquête très accablante?

Sauf que la ministre a clairement fait comprendre qu’elle avait des moyens d’agir. En effet, une enquête est en cours sur des faits de harcèlement de la part de Noël Le Graët sur des employées de la fédération. 

Il est d'ailleurs supposé être entendu ce mardi dans le cadre de cette enquête. Déjà, la ministre a laissé entendre que l'enquête allait être suffisamment accablante pour pouvoir le pousser vers la sortie. Le scénario qu’elle privilégie, c’est que le comité exécutif, à la vue des résultats de l'enquête, en tire les conséquences et écarte le président. Cela pourrait être, par exemple, en menaçant de démissionner collectivement pour provoquer de nouvelles élections.

En revanche, si le comité refuse, les choses sont différentes. D'après la ministre, il reste la possibilité que le ministère des Sports prenne la main et ça serait déjà arrivé. Elle fait allusion au scandale qui avait touché la Fédération française de patinage. Le président, Didier Gailhaguet, avait été accusé d’avoir couvert un entraîneur soupçonné de viols. La ministre des Sports du moment, Roxana Maracineanu, avait demandé sa démission, et comme le président refusait de partir, elle avait menacé de retirer l'agrément de la Fédération. C’est la ministre qui avait finalement emporté le bras de fer. Lundi, Amélie Oudéa-Castéra a laissé planer la menace d’une procédure similaire.  

Motivé par le pouvoir et les privilèges

Pour autant, c'est possible que Noël Le Graët décide de s'accrocher à sa place. Lors du dernier Mondial, il a été interrogé sur l'enquête en cours et il s’est montré très confiant, comme s’il se sentait intouchable. Il a le soutien de la Fédération internationale, qui déteste que les gouvernements interfèrent dans les affaires du football.

Noël Le Graët est, depuis 2019, membre du conseil de la Fifa, l’instance dirigeante. Il vient d'ailleurs de faire savoir qu’il était candidat pour y exercer un nouveau mandat de quatre ans, ce qui le mènerait jusqu’a ses 85 ans. À la Fédération française, il est bénévole, mais à la Fifa, il est rémunéré 20.000 euros nets par mois.

Ce n’est pas l’argent qui le motive, car il est largement à l'abri du besoin depuis qu’il a fait fortune dans l'agroalimentaire en Bretagne. Ce qui l'anime, c’est le pouvoir et les privilèges qui s’y rattachent. Au Qatar, il a passé un mois avec sa femme dans une suite du plus bel hôtel de Doha. Lors de la Coupe du monde au Brésil, pour le quart de final France-Allemagne, il avait invité 130 personnes pour assister au match à Rio. La Cour des comptes avait aussi estimé en 2018 qu’il abusait des voyages en jets privés.

C’est à cette vie qu’il va peut-être essayer de s’accrocher, mais on a bien compris lundi soir qu’il avait désormais une ministre déterminée à le faire partir.

AB avec Nicolas Poincaré