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Le blues des maires: "On ne fera plus 30 ans de mandat, parce qu'on s'emmerderait royalement"

Les maires ont le blues. Alors que s'ouvre ce mardi le 100 congrès des maires de France dans un climat de colère vis-à-vis du gouvernement et du chef de l'Etat, RMC a rencontré une édile d'un petit village de Charente. Dans ce département, 30 élus locaux ont jeté l'éponge depuis 2016.

Emmanuel Macron va devoir calmer leur colère. Plus de 1.000 maires se réunissent à partir de ce mardi à l'occasion du 100e Congrès des maires de France. Le chef de l'Etat interviendra jeudi après-midi en clôture de ce rendez-vous historique. Les élus attendent une clarification sur les projets budgétaires, après l'annonce cet été d'une série de mesures jugées "brutales" et "unilatérales" - suppression progressive de la taxe d'habitation (source de recettes pour les collectivités) et baisse des contrats aidés auxquels les municipalités ont souvent recours - par des collectivités au bord de l'"asphyxie".

Jugeant le métier de plus en plus difficile, se sentant isolés, pas écoutés, de plus en plus de maires décident de jeter l'éponge. En Charente, par exemple, ils sont 11 à avoir abandonné leur siège depuis 2014. Du jamais-vu. En tout, c'est une trentaine d’élus municipaux, maires, adjoints et conseillers, qui ont démissionné depuis le début de la mandature dans le département.

"Je vais signer Sœur Anne-Marie.com"

Ce blues des maires en milieu rural - dont il sera question ce mardi matin au Congrès des maires – touche Anne-Marie Rochais, maire de Saint-Léger, 123 habitants en Charente. Des habitants dont elle s’occupe comme de sa propre famille. "C'est ma chérie, c'est ma maire, sourit Janine, 86 ans, en prenant l'élue par l'épaule. Quand on a besoin d'elle, elle est là. Elle est plus jeune, alors je me confie à elle". Le social c’est une grande part du travail d'Anne-Marie: un travail passionnant… mais éprouvant. "Je vais signer Sœur Anne-Marie.com. Parce que c'est plus ce que je suis", plaisante-t-elle d'ailleurs.

"On ne décide plus"

Mais elle l’avoue aujourd’hui, elle s’ennuie un peu en tant que maire. "On a transféré toutes nos compétences, tout est pris par la communauté de communes. On ne décide plus. L'intercommunalité décide mais c'est à nous de faire passer ses décisions. Un maire ne fera plus 30 ans de mandat, parce qu'il va s'emmerder royalement. C'est en tout cas ce que je fais aujourd'hui".

La fonction de maire perd de sa saveur, de son sens, regrette-t-elle. Dans sa petite église, là où elle réalisé son premier investissement il y a 30 ans – des chaises pour la messe -, Anne-Marie se confie. "Dans un village ils sont pleins de reconnaissance. Je crois que c'est mérité et ça s'améliore. J'ai un engagement, je dois le respecter. Mais parfois je n'y arrive pas".

"Que Macron regarde en bas aussi!"

Mercredi elle sera reçue par le président de la République avec des confrères. "Qu'il nous considère un peu, qu'il regarde en bas aussi, exhorte-t-elle. Peut-être qu'il nous réserve un cadeau de noël, pourquoi pas?" Et malgré toutes ses difficultés, Anne-Marie n'envisage pas de jeter l'éponge comme plusieurs élus du département. Aussi longtemps qu’elle le pourra, elle continuera à faire ce qu’elle appelle le plus beau métier du monde. "Finalement, c'est du bonheur d'être là".

P. G. avec Romain Poisot