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Ses dotations baissent, il s'en prend au portrait de Macron: "On m'a dit que c'était un outrage au président"

Le portrait officiel du président de la République.

Le portrait officiel du président de la République. - Soazig de la Moissonnière

Parce que l'Etat le prive d'un tiers de ses dotations, Jean-François Damien, maire (sans étiquette) d'un village de Meurthe-et-Moselle, a décidé symboliquement de masquer un tiers du portrait officiel d'Emmanuel Macron qu'il doit afficher dans sa mairie. Et ça lui vaut quelques ennuis, comme il le raconte pour RMC.fr.

Jean-François Damien, maire de Grand-Failly (sans étiquette), village de 330 habitants en Meurthe-et-Moselle.

"C'est pour montrer mon ras-le-bol de la baisse de nos dotations et de la prochaine suppression de la taxe d'habitation. Il faut savoir que la baisse des subventions de l'Etat a commencé pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, puis s'est poursuivie sous François Hollande et maintenant avec Emmanuel Macron. Trop c'est trop. A part me plaindre auprès de mes habitants ou du sénateur de ma circonscription, je n'ai pas, à mon niveau, de moyens de réagir. Alors j'ai symboliquement utilisé la photo officielle du président. Il m'a supprimé un tiers de subventions, donc j'ai supprimé un tiers de sa photo. Attention, je ne l'ai pas découpée! J'ai juste placé un bandeau en papier A3 entre la vitre et le portrait.

Le portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie de Grand-Failly.
Le portrait d'Emmanuel Macron dans la mairie de Grand-Failly. © François Damien

"Je savais que j'allais avoir un coup de bâton"

J'ai eu beaucoup de retours des médias, de mes collègues maires, mais j'ai surtout eu le retour de la sous-préfecture. Le sous-préfet n'était pas content, il m'a dit que c'était un outrage au président. Mais bon, quand il traite les gens de 'fainéants', c'en est un aussi. J'ai expliqué que c'était le seul moyen que j'avais trouvé pour exprimer mon mécontentement. Il m'a répondu que si je n'étais pas content je n'avais qu'à démissionner, et il m'a annoncé qu'il allait contrôler mon budget. Ce n'est pas ce que j'attendais de sa part. Je pensais qu'il serait un peu plus compréhensif. Il m'a aussi dit que si je lisais mes mails je verrai que l'association des maires pouvait m'aider dans mes soucis, mais Internet ne marche pas dans notre commune, alors… Je savais que j'allais avoir un coup de bâton, et je pense que je risque un mois de suspension.

"Tous ces ennuis pour 580 euros par mois…"

Avec la suppression de la taxe d'habitation, on m'enlève le dernier moyen d'obtenir de l'argent frais. Si demain je n'ai plus droit à ça, je fais quoi. J'ai besoin de 5.000 euros pour faire des travaux dans mon village. J'avais toujours la possibilité d'augmenter la taxe d'habitation pour les financer, et là, je ne serai plus maître. En 2018, la commune va perdre 4.000 euros de taxe d'habitation. Le gouvernement nous dit que l'Etat va compenser et qu'on ne perdra rien, mais je sais que ce n'est pas vrai. Sous Sarkozy, ils ont supprimé la taxe professionnelle, qui est aujourd'hui loin d'avoir été compensée à 100%.

En tant que maire d'une petite commune, on gagne 580 euros par mois, avec tous les ennuis qu'on a sur le dos… Ce sont les mêmes ennuis et contraintes que les maires de Paris, de Lyon ou de Nancy. Ça commence à fatiguer tout le monde. Si Emmanuel Macron veut supprimer les mairies, qu'il le dise tout de suite, et on arrête aux prochaines municipales."

Propos recueillis par Philippe Gril