RMC

Législatives: comment la majorité s'est embourbée dans les consignes de vote

Pour les circonscriptions où elle ne sera pas représentée au second tour, la majorité présidentielle a livré un discours extrêmement flou à l'issue du premier tour des législatives, avec des positions divergeantes entre l'annonce des résultats et le début de la campagne.

Comme si rien n'avait été préparé à l'avance? Grosse confusion dimanche soir au sein de la majorité concernant les consignes de votes. Il y aura, au second tour des élections législatives, 58 duels opposant des candidats de la Nupes, l'union de la gauche, et le Rassemblement national de Marine Le Pen. Mais les macronistes ne semblaient pas s'accorder sur la marche à suivre dans ces cas de figure.

En début de soirée, aucun message officiel n'est donné, que ce soit par l'Elysée à l'issue d'une réunion autour d'Emmanuel Macron, ou même lors du discours d'Elisabeth Borne pourtant cheffe de la future majorité. "On ne voulait pas se focaliser sur quelques cas, tout ça nous apparaissait accessoire dans cette soirée", nous avoue un cadre de la majorité.

D'abord "au cas par cas"

Sur les plateaux de télévision, les cadres LREM, tâtonnent. Gabriel Attal, ancien porte-parole du gouvernement, et Olivia Grégoire, actuelle porte-parole, appellent à ne pas tirer de généralités en jouant la montre. "Ce n'est pas ce soir un enjeu national", a lancé cette dernière sur France 2. Le parti présidentiel a ensuite confirmé à l'AFP regarder "au cas par cas" les situations locales.

D'autres, comme Clément Beaune, assurent qu'ils voteraient à titre personnel pour les candidats de gauche, et qu'ils ne mettent la Nupes et la formation politique de Marine Le Pen sur un pied d'égalité.

En coulisses, les tiraillements sont profonds devant le spectacle donné à la télévision. Emmanuel Macron fait le point avec ses conseillers politiques. Changement de position, "plus une voix au RN, plus une voix au RN". Un message alors diffusé par les proches d’Emmanuel Macron par téléphone à tous ceux qui se dirigent vers les soirées électorales à la radio et à la télévision. Conséquence, la nouvelle consigne n'est diffusée sur BFMTV qu'à 23h23, Maud Brégeon annonçant alors qu'aucune voix ne doit aller à l'extrême droite. Position ensuite confirmée dans un tweet par la Première ministre, comme si le sujet n'avait jamais été anticipé.

"Pas une voix au RN" mais...

Mais nouvelle subtilité lundi matin: "Pas une voix au RN"... mais toujours au cas par cas. "Nous n’appelons pas à voter pour des candidats qui défendent que la police tue", se défend un membre de la direction de La République en marche. Certains cadres de la majorité laissent entendre que leurs électeurs seront libres de s’abstenir dans une dizaine de circonscriptions où le candidat est jugé anti-républicain. Message diffusé de manière officielle en fin de matinée par Elisabeth Borne, en déplacement sur le terrain.

En résumé, pour la Première ministre, c’est un grand oui pour le patron du parti communiste, Fabien Roussel, mais un grand non pour tous les candidats qui ne respectent pas les valeurs républicaines, qui insultent les policiers, ou qui demandent de ne plus soutenir l'Ukraine. Interrogée sur l'identité des candidats en question, la première ministre s’est refusée à donner le moindre nom.

Une consigne qui ne semble pas être du goût du nouveau ministre de l'Education nationale, Pap Ndiaye, qui reste de son côté sur ligne d'un barrage républicain contre le RN. "Quelle que soit la configuration, aucune voix ne doit aller au Rassemblement national. Le combat contre l’extrême droite n’est pas un principe à géométrie variable", a-t-il écrit sur Twitter.

J.A. avec Jérémy Trottin