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Pourquoi j'ai été déçu par François Fillon et pourquoi j'ai, malgré tout, décidé de le parrainer

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- - Christophe ARCHAMBAULT / AFP

Alors qu'il avait indiqué prendre du recul par rapport à François Fillon suite à l'annonce de sa probable mise en examen, Gérard Cornu, sénateur Les Républicains d'Eure-et-Loir, a tout de même décidé de parrainer le candidat de la droite. Ce mercredi, il explique pourquoi à RMC.fr.

Gérard Cornu, sénateur Les Républicains d'Eure-et-Loir et soutien de Bruno Le Maire:

"J'avais décidé de suspendre mon parrainage parce que, pour moi, c'était important de respecter la parole donnée. François Fillon avait très clairement dit, à deux reprises, qu'il renoncerait à se présenter s'il était mis en examen. Dans ces cas-là, je pensais qu'il allait passer la main, car c'était à lui de le faire vu qu'il avait la légitimité de sa victoire à la primaire. Après sa conférence de presse dans laquelle il indiquait qu'il allait être mis en examen le 15 mars, j'ai donc décidé de suspendre mon parrainage. En effet, je ne voulais pas, s'il avait dû se retirer, me retrouver sans possibilité de parrainage pour un autre candidat. Je dois aussi confier que j'étais déçu que la parole donnée ne soit pas respectée.

"Il a clairement dit qu'il était déterminé à poursuivre"

Je pense aussi que François Fillon a été très maladroit dans sa défense. Il a trop dramatisé la chose. Il a en effet parlé d'une convocation pour une mise en examen alors que ce n'est pas forcément le cas. C'est une probable mise en examen. On ne sait pas. C'est aux juges de décider. Or, le problème, c'est que cette possible mise en examen pourrait avoir lieu à deux jours de la clôture des parrainages. On n'aurait donc pas eu le temps de se retourner pour parrainer quelqu'un d'autre et refaire une campagne.

Mais, il a clairement dit qu'il était déterminé à poursuivre. Et il l'a prouvé dimanche dernier avec le rassemblement place du Trocadéro, à Paris, mais aussi lors de son interview sur France 2. Il a montré une certaine capacité de résistance, sa volonté d'aller jusqu'au bout.

A partir du moment où j'avais la certitude qu'il n'allait pas passer le relais, à partir du moment où je suis complètement en accord avec les idées et le programme de François Fillon, j'ai considéré que mon devoir était de ne pas tergiverser. C'est pourquoi, finalement, j'ai décidé de le parrainer et de le soutenir. J'en suis même fier.

"S'il avait passé le relais, j'aurais alors parrainé celui qu'il avait désigné"

Il n'y avait aucun problème de programme donc jamais je ne me suis posé la question d'aller soutenir Emmanuel Macron, Marine Le Pen ou tout autre candidat qu'un Républicain. De même, je n'ai jamais été tenté d'aller parrainer François Baroin ou Alain Juppé, comme l'on fait certains de mes collègues. Je considérais en effet que ce n'était pas à nous de décider mais à François Fillon de le faire. C'était à lui de décider s'il avait envie de passer le relais s'il considérait qu'il n'était plus en état de faire gagner sa famille politique. Dans ce cas-là, c'était à lui de dire à qui il passait le relais, qui était le plan B. Moi, j'attendais qu'il nous dise ce qu'il allait faire. S'il avait passé le relais, j'aurais alors parrainé celui qu'il avait désigné".

On sentait bien que le plan B ne pouvait être que Juppé. Ça ne pouvait en aucun cas être les 'jeunes': ni Baroin, ni Le Maire, ni Wauquiez, ni Pécresse, ni Bertrand, ni NKM. On sentait bien que personne, dans les 'jeunes', pouvait avoir un appui unanime. Il y a aussi le respect des institutions. Nous avons fait une primaire. Alain Juppé était arrivé deuxième donc, si le premier est empêché et qu'il désigne le deuxième, je ne me serais pas posé de question: j'aurais soutenu Alain Juppé, alors même que je suis un fidèle de Bruno Le Maire.

"La campagne va être difficile"

Les dernières informations sorties dans le Canard enchaîné de ce jour ne me font en rien regretté mon choix. Au contraire, je trouve que trop, c'est trop! C'est de l'acharnement. Ça me renforce même dans la conviction que j'ai bien fait de le soutenir et de le parrainer. Ce n'est pas aux médias d'interférer dans la campagne. Ils sont là pour rendre compte d'une campagne, pour soulever d'éventuels problèmes. Mais ils ne sont pas là pour s'acharner sur une personne, quitte à essayer de changer le cours des choses et le scrutin d'une présidentielle.

Pour autant, à l'heure actuelle, la situation n'est pas parfaite. Si je vous disais que nous sommes en meilleure situation que par rapport à la fin de la primaire, personne ne pourrait me croire. A ce moment-là, tous les clignotants étaient au vert et on imaginait même que ça serait presqu'une formalité. En réalité, la campagne va être difficile. Mais je pense que la détermination, le caractère, la pugnacité de François Fillon vont lui permettre d'être élu. On élit un président de la République et on sent bien qu'il est en capacité, par son expérience, de parler avec Poutine, Trump, etc. C'est quand même quelqu'un qui a une certaine expérience, que les autres n'ont pas".

Propos recueillis par Maxime Ricard