RMC

Refus de soutien à Benoît Hamon: "Monsieur Valls, respectez les règles et taisez-vous"

-

- - Twitter/ Flore Santisteban

Dans un tweet publié ce lundi, Flore Santisteban, ancienne secrétaire générale de la Haute autorité du PS, a dénoncé le fait que "les règles de la primaire" soient "bafouées" et qu'il n'y ait "aucune sanction de prise par la Haute autorité". Un coup de gueule qui vise particulièrement Manuel Valls, coupable de ne pas soutenir Benoît Hamon dans la campagne présidentielle..

Flore Santisteban, ancienne secrétaire générale de la Haute autorité d'Ethique du PS lors de la primaire à gauche:

"Avant tout, je tiens à préciser que j'ai été recrutée à la Haute autorité essentiellement parce que je n'avais pas d'engagement partisan. Je m'exprime en qualité de juriste, je ne fais pas de politique. Ensuite, je crois opportun de préciser qu'il s'agit de ma première expression publique depuis le second tour de la primaire. Jusqu'alors, je me suis astreinte à une stricte obligation de réserve mais, là, je considère que la situation est difficilement tenable et qu'elle doit être dénoncée. C'est pourquoi j'ai rédigé ce tweet.

Règles de la primaires bafouées une à une. Aucune action de la @hauteautorite .. aucune démission collective pour protester..Tout est normal pic.twitter.com/hAx8nJ9rRL
— Flore Santisteban (@fsantisteban) 20 mars 2017

"Je ne suis pas la seule à dénoncer la situation"

Il faut aussi souligner qu'il n'est pas question pour moi de juger le choix des militants ou même des cadres socialistes de rejoindre Emmanuel Macron. Ce n'est pas la question. La question est bien celle de l'engagement librement souscrit par les candidats eux-mêmes et la loyauté qu'ils apportent à leur propre parole. J'ai démissionné de mon poste de secrétaire générale de la Haute autorité. Depuis, cinq autres membres en ont fait de même. Eux aussi ne se satisfont pas de la tournure que prenne les événements et la dénonce avec force dans le cadre de leur engagement au sein de la Haute autorité. 

J'ai démissionné parce que je déplorais que tous les candidats ne respectent pas les règles posées au cours de la campagne. Je pense en particulier au contrôle des comptes de campagne. Pour préciser ma pensée, le Conseil national du PS a donné mandat le 6 octobre 2016, au Comité national d'organisation (CNOP) de fixer un plafond pour les dépenses de campagne mais ce plafond n'a en réalité jamais été fixé. Aujourd'hui, il est donc impossible de les contrôler. En clair, imaginons que le plafond soit fixé à 1,5 million d'euros, s'il a été largement dépassé, on ne peut pas le contrôler. 

"Ils trahissent la volonté des deux millions d'électeurs"

Je ne me satisfaisais pas de ça et j'ai donc considéré que, une fois ma mission achevée, je n'avais plus rien à faire au sein de la Haute autorité. La situation est éthiquement condamnable car la déclaration signée par les candidats était très claire: ils s'engageaient à soutenir publiquement le candidat désigné à l'issue de la primaire et, le plus important, à s'engager dans sa campagne. Or ce n'est pas le cas. J'ai reçu des centaines de messages de militants qui sont écœurés depuis le second tour de la primaire, qui déplorent l'attitude de M. de Rugy et le refus de M. Valls de s'engager dans la campagne du candidat régulièrement investi par le parti auquel il appartient. A mon sens, cela revient à confisquer le verdict des urnes, à bafouer les règles élémentaires de la vie démocratique, dont le respect de la parole librement donnée. Ils trahissent la volonté des deux millions d'électeurs qui se sont déplacés pour voter et de tous les bénévoles qui se sont mobilisés deux dimanche de suite pour tenir les bureaux de vote. 

La conséquence de cela est de plonger les électeurs dans un profond désarroi. Un désarroi qui aura pour seule issue, et c'est dramatique de le reconnaître ; de favoriser l'abstention ou le vote frontiste. C'est le sens de mon message: j'en appelle à un sursaut éthique de la Haute autorité et des candidats à la primaire. A défaut d'une démission collégiale, la mission de la Haute autorité est de rappeler les candidats à leurs engagements et de défendre sans relâche la volonté des électeurs. C'est leur mission. Ils sont là pour cela. 

"A quoi ça sert d'organiser des primaires si c'est pour ne pas respecter leur volonté?"

Je ne comprends pas pourquoi personne ne s'exprime depuis le refus de M. Valls de parrainer M. Hamon. Car la Haute autorité peut agir. En effet, elle peut demander un renvoi devant la Commission nationale des conflits, au moins pour Manuel Valls. François de Rugy n'étant pas socialiste, il n'est, lui, pas soumis aux règles statutaires du Parti socialiste. Mais il est tout à fait possible pour la Haute autorité d'émettre un avis dénonçant l'attitude de M. Valls et le renvoyant en Commission nationale des conflits. Je ne m'explique pas pourquoi, il n'y a toujours pas d'avis, de communiqué ou une recommandation éthique.

A quoi cela sert-il d'organiser des primaires, d'en appeler aux électeurs, si c'est in fine on ne respecte pas leur volonté ? Je ne me l'explique pas. Je suis sans doute trop naïve ou trop idéaliste mais a minima, j'attends de Manuel Valls qu'il s'astreigne au silence dans cette campagne. Qu'il ne soit pas le porte-parole de Benoît Hamon, je peux le comprendre. Mais de là à ce qu'il l'attaque publiquement, à ce qu'il le dénigre dans le Journal du Dimanche le jour de son premier grand meeting de campagne, je ne me l'explique pas… J'ai envie de dire : 'Monsieur Valls, respectez les règles et taisez-vous!"

Propos recueillis par Maxime Ricard