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Affaire Ricard: à Bordeaux et Marseille, la stupeur de la communauté catholique

Le parquet de Marseille a annoncé mardi l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "agression sexuelle aggravée" après les révélations du cardinal Jean-Pierre Ricard. Ce dernier a avoué lundi avoir eu une conduite "répréhensible avec une jeune fille de 14 ans".

Une enquête préliminaire pour "agression sexuelle aggravée" a été ouverte par le parquet de Marseille ce mardi, après la révélation d'un nouveau scandale d'agression sexuelle dans l'Église catholique. Le cardinal Jean-Pierre Ricard, 78 ans, a en effet avoué lundi avoir eu une conduite "répréhensible avec une jeune fille de 14 ans" lorsqu'il était curé à Marseille il y a 35 ans.

Il a passé près de deux décennies à Bordeaux et ses aveux provoquent la stupeur parmi ceux qui travaillent dans son ancien diocèse. Ils ont été réunis par l'évêque actuel. “Nous l'avons écouté et puis on est tous retournés dans nos services travailler. Je pense qu'on était tous sous le choc”, confie une femme.

Un choc à la hauteur de l'engagement de l'ancien archevêque, qui a participé notamment à la création d'une équipe de veille pour les victimes en 2016, soit bien avant le rapport sur les abus sexuels dans l'Église.

“C’est quelqu'un de très actif sur le diocèse. Tout ce qu'il a pu mettre en place, ça sonne faux en fait. Je n'aurais jamais imaginé ça de lui. C'est l'impression d'avoir été trahie”, poursuit cette femme à Bordeaux.

Même sidération à Marseille. “Dimanche, nous nous mettrons à genoux pour demander pardon, encore une fois”, indique Nicolas Lubrano, curé de la paroisse Sainte-Marguerite. C’est dans cette paroisse qu'officiait le père Ricard au moment des faits.

“L'Église est faite d'hommes et de femmes qui vivent aussi dans le péché, on n’est pas des saints. Peut-être que les prêtres, on les a trop mis sur les autels”, estime Nicolas Lubrano. “L’Église fait un gros travail de vérité” dit-il, “mais il faut continuer”.

"Une parole fourbe"

Des mots qui ne passent plus pour Christine Pedotti, directrice de la rédaction de Témoignage Chrétien.

“Le problème, c’est la parole. Comment on va les croire? L’année dernière, ils demandent pardon et j’ai envie de dire qu'on veut les croire. Mais un an plus tard, on se rend compte que cette parole est toujours un peu fourbe", explique-t-elle ce mercredi matin sur RMC.

"C’est quand Jean-Pierre Ricard a reçu une mission importante que les parents ont dit ‘attendez cet homme, on va lui demander d’enquêter sur des phénomènes d’emprise, d’abus, alors que lui-même en a commis’. Et donc la rumeur a enflé. Quand j’écoute le président des évêques, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, il ne cesse de parler d’une église pécheresse, d’hommes pécheurs, et je pense que ce qu’ils n’ont pas compris, c’est qu’il ne s’agit pas de péché, mais de crimes. Et des crimes, ce n’est pas quelque chose qu’on confie dans les confessionnaux, c’est quelque chose qu’on juge dans les tribunaux”, poursuit-elle.

Même si les faits sont probablement prescrits, le parquet de Marseille a quand même ouvert une enquête préliminaire, pour déterminer si d'autres agressions auraient pu également être commises.

Marion Gauthier avec Guillaume Descours