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Agressions sexuelles à SciencesPo: comment la direction et certaines associations étudiantes auraient "favorisé le silence"?

De nombreux élèves de SciencesPo dénoncent sous un hashtag les viols et agressions sexuelles qu'ils auraient subi en déplorant et pointant du doigt l'inaction de l'administration et des équipes pédagogiques.

Les répercussions de l’affaire Duhamel, le politologue accusé d’inceste par sa belle-fille Camille Kouchner, a des répercussions dans tout le monde politique parisien. Mardi, c’est Frédéric Mion, le directeur de l’Institut d’études politiques de Paris, communément appelé SciencesPo, qui a dû démissionner de son poste, après avoir nié être au courant des agissements d'Olivier Duhamel, ancien président de la Fondation nationale des Sciences politiques (FNSP) qui chapeaute Sciences-Po, avant d'avouer avoir été alerté dès 2018 par la ministre de l'enseignement supérieur de l'époque, Aurélie Filippetti.

Et dans la foulée, les langues se sont déliées. Sous le hashtag #SciencesPorcs, de nombreux élèves ou anciens élèves de l’école de la rue Saint-Guillaume et de ses antennes de province, les IEP, ont évoqué des cas de violences sexuelles pointant du doigt l’inaction de la direction et des équipes pédagogiques, mais aussi l'influence de certaines associations étudiantes, notamment les "Bureaux des élèves" (BDE).

Anna Toumazoff la créatrice du hashtag, évoque même une "culture du viol" déplorant "un climat qui favorise" les agressions sexuelles et les viols. "Il y a un silence et l’on peut totalement parler de culture du viol quand on est dans un contexte où il y a une impunité pour les violeurs, une condamnation au silence pour les victimes et une indifférence totale et coupable de l’administration", assure-t-elle ce jeudi sur le plateau des "Grandes Gueules".

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"Il faut juger les présidents d'université pour non-dénonciation"

"Parfois, les écoles proposent aux élèves de les confronter directement à leur violeurs. Quand on commence comme ça, à part devant un juge, ça me semble compliqué. Parfois la cellule spécialisée de l'école qui n'est pas très bien formée, s'en occupe et dit aux élèves qu'il fallait "un peu moins boire", que "ce n'est pas grave". J'ai le cas d'une élève à qui le directeur a dit "la vie est injuste", et une autre qui a du passer ses examens à côté de son violeur", raconte Anna Toumazoff.

L'étudiante déplore également la réponse judiciaire inadaptée et estime que de nombreuses victimes ont peur d'aller porter plainte, par crainte de ne pas être entendue et de subir un double traumatisme. "Il y a une hypocrisie totale, il faut juger les présidents d'université pour non-dénonciation", plaide Johnny Blanc le sociétaire des "Grandes Gueules".

Anna Toumazoff entend utiliser ces témoignages pour donner un coup de pouce "à toutes les associations féministes des Sciences-Po, dans chaque IEP". "Je vais également continuer à battre le fer tant qu'il est chaud pour qu'il y ait des réelles décisions qui soient prises. Il faut réfléchir à toutes ces histoires de Bureaux des étudiants", ces associations qui organisent notamment des soirées et régissent la vie du campus, souvent tenue par des hommes. "Il y a une hiérarchie de pouvoir entre les élèves et c'est ça qui favorise le silence", alerte-t-elle.

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G.D.