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A trop vouloir occuper nos enfants, on freine leur capacité à s'occuper par eux-mêmes

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Après la rentrée scolaire, l'heure est aux inscriptions aux activités sportives et\/ou culturelles pour les enfants. Mais attention à ne pas les surcharger d'activités, prévient sur RMC.fr la psychologue Béatrice Copper-Royer.

Béatrice Copper-Royer est psychologue clinicienne spécialisée dans l'enfance et l'adolescence. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages dont "Enfant anxieux, enfant peureux".

"Le choix et le nombre des activités extra-scolaires dépendent de la personnalité de l'enfant. Il y en a qui sont très actifs et ont plein d'énergie à revendre. Ceux-là doivent avoir beaucoup d'activités et doivent être occupés. D'autres sont plus rêveurs, plus contemplatifs, et ont besoin de plus de temps. C'est aux parents d'évaluer les besoins de leur enfant. Ensuite, il ne faut pas non plus trop les fatiguer. Quand en plus de la vie scolaire et du travail à la maison il y a beaucoup d'activités annexes, on voit des enfants un peu épuisés. D'autant que le week-end, les enfants font parfois pleins de choses avec leurs parents. Il faut donc être vigilant à cela.

"L'angoisse du vide pour les parents"

Parfois, dans le désir des parents que leur enfant fasse pleins d'activités, il y a un peu l'angoisse du vide. Il ne faudrait pas qu'il ait trop de temps morts, il ne faudrait pas voir le temps passer. Or, bourrer les enfants d'activités ça prend du temps sur la réflexion, sur l'imaginaire, sur l'échange verbal en famille…

Pourtant, ce temps libre, ce temps mort est très important pour l'enfant. Qu'il s'ennuie un peu n'est pas mauvais pour lui. Au contraire, ça développe l'imaginaire, le goût de la lecture, cela permet de trouver des ressources en soi. En voulant trop les occuper, on les prive de la capacité à se distraire eux-mêmes, à trouver leur propre musique intérieure. Je suis parfois frappée par le fait que les enfants qui ont pleins d'activités pendant l'année doivent toujours être occupés, car ils ont du mal à trouver seuls les moyens de se distraire.

"L'activité physique, c'est bon pour l'enfant"

Concernant les activités à privilégier, je trouve qu'en France on ne fait pas beaucoup de sport à l'école par rapport à d'autres pays, notamment anglo-saxons. Qu'ils aient une activité physique, c'est bon pour eux, pour leur corps. Ça les amuse et ça leur permet de dépenser de l'énergie. L'activité physique c'est une bonne chose. Un enfant un peu laborieux à l'école mais qui va être très bon en sport ou en musique, sur le plan de l'estime de soi, c'est bon. C'est une façon de ne pas les regarder uniquement comme des élèves.

Après, j'ai remarqué qu'il y avait de grands zappeurs chez les enfants, qui essaient tout – le judo, le karaté, le tennis, le volley – et puis finalement ne font rien car rien ne les intéressent vraiment. Ce sont souvent des enfants qui rêvent d'être au top tout de suite dans ce qu'ils entreprennent et qui sont déçus à l'idée de devoir s'entraîner pour progresser. Avec ces enfants il vaut mieux privilégier une seule activité dans laquelle ils vont persévérer.

Il faut en tout cas que cela reste un plaisir. Car il y a parfois, notamment chez les parents musiciens, des projections parentales sur l'enfant. On peut leur faire faire de la musique sans attendre que cela devienne pour lui une vocation. Si l'enfant a un sentiment de contrainte, il va abandonner."

Propos recueillis par Philippe Gril