RMC
Exclusivité

Harcèlement scolaire: les marches de la colère souhaitées par le gouvernement ne passent pas, "c'est indécent"

Nora Tirane-Fraisse, fondatrice d'une association luttant contre le harcèlement scolaire, a livré un coup de gueule dans "Apolline Matin", ce lundi sur RMC et RMC Story, contre des propos de la secrétaire d'Etat chargée de l'Enfance, Charlotte Caubel.

Nora Tirane-Fraisse a fondé l’association “Marion, La Main Tendue” après avoir connu un terrible drame: sa fille Marion s'est suicidée en 2013, à l'âge de 13 ans, parce qu'elle était harcelée à l'école. Une histoire qui résonne d'autant plus dans la triste actualité de ces derniers jours, marquée par la mort du jeune Lucas à Golbey (Vosges).

Lui aussi était âgé de 13 ans quand il s'est donné la mort début janvier, après avoir subi durant de longues semaines le harcèlement de certains de ces camarades de classe, sur fond d'homophobie.

"Ça a avancé, mais..."

Invitée d'"Apolline Matin" sur RMC et RMC Story ce lundi, Nora Tirane-Fraisse estime que les leçons du passé n'ont toujours pas été retenues, même s'il commence à y avoir une prise de conscience au sein de la société en général.

"J'ai le sentiment que ça a avancé dans le sens où la société française sait que le phénomène de harcèlement est un phénomène d'ampleur et pas un fait divers. Elle sait qu'il faut agir plus vite et plus fort. Ce qui m'ennuie aujourd'hui, c'est que j'ai l'impression que les réponses qui sont apportées ne sont pas adaptées", regrette-t-elle.

Elle se dit surtout effarée par la sortie médiatique de Charlotte Caubel, secrétaire d'Etat chargée de l'Enfance, qui a pris la parole samedi sur BFMTV, jour des obsèques du jeune Lucas. Elle appelait à une "prise de conscience" de tout le monde: jeunes et adultes. Mais une petite phrase a particulièrement choqué Nora Tirane-Fraisse: en plus de marches blanches pour commémorer les drames, la ministre estime qu'il faut également "des marches de la colère pour dire: 'Plus jamais ça'."

"Marcher contre qui? Contre elle? Contre le gouvernement?"

Des propos d'autant plus intrigants qu'ils viennent de la personne censée être en charge du dossier du harcèlement scolaire.

"C'est indécent. Marcher contre qui? Contre elle? Contre le gouvernement? Ce n'est pas le sujet, on doit travailler ensemble! C'est quand même un sujet transpartisan", s'indigne Nora Tirane-Fraisse.

"Cela fait dix ans qu'on a pris conscience, qu'on se bat, que des mesures on été créées... La conscience, elle est prise", s'agace-t-elle. "Si ça ne bouge pas, d'autres vont bouger, mais pas de la manière qu'ils imaginent", menace-t-elle, sans rentrer dans les détails.

Elle interpelle la ministre sur RMC, précisant qu'elle n'a rien personnellement contre elle, mais aimerait savoir au moins quel est le budget alloué à la question de l'enfance et précisément au harcèlement. "La colère n'est saine que si derrière, il y a des actions concrètes", conclut-elle.

J.A.