RMC

Remplacement des profs: "Quand on va avoir les grosses épidémies de grippe, ça va craquer"

-

- - AFP

Le recrutement des maîtres est sujet brûlant en Seine-Saint-Denis: de nombreux postes ne sont pas pourvus, et quand ils le sont, le niveau requis n'est pas toujours atteint. C'est ce que dénonce Les Bonnets d'âne, un collectif de parents d'élèves du 93.

Delphine, membre du collectif Les Bonnets d'âne et mère de deux enfants en CM1 et CM2, scolarisés à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis): 

"Nous, en Seine-Saint-Denis, le problème que l'on constate c'est l'absence d'enseignant, ce n'est même pas la qualité des enseignants ou de l'enseignement. On n'avait pas d'enseignants nommés sur les postes. Il manquait, selon les chiffres des syndicats, près de 1.000 postes aux rentrées précédentes. C'est donc un problème encore plus important puisque du coup, pour y répondre, des adultes nous avaient été envoyés via Pôle emploi, sans aucune formation, sans même avoir forcément envie de travailler dans l'enseignement. 

Face à ce manque, la réponse du ministère a été de proposer un concours supplémentaire pour l'académie de Créteil, dont dépend la Seine-Saint-Denis. Ce concours a eu lieu deux fois et c'est vrai, a permis de proposer des postes à des enseignants et de compléter des postes qui n'avaient pas été pris sur le concours national. Parce que près de 500 postes n'avaient pas été pourvus en raison du niveau trop faible des candidats. Décemment, le ministère ne pouvait pas se permettre de donner des postes à des candidats qui avaient 3 ou 4/20.

"On est hyper inquiets"

Le concours supplémentaire est donc un concours qui a lieu un peu plus tard, ouvert à tous ceux qui veulent devenir enseignant. Du coup, le niveau, paradoxalement, est bien meilleur. Sur ce deuxième concours, ils ont réussi à recruter les gens qu'ils n'avaient pas pu recruter sur le premier concours. On trouvait donc ça pas mal parce qu'en plus cela montrait qu'il y avait quand même des gens qui voulaient travailler sur l'académie de Créteil. Il y en a eu en effet près de 10.000 candidats alors que plein de gens disaient que ça ne marcherait pas, que personne ne voudrait venir bosser en Seine-Saint-Denis… En fait pas du tout.

On était donc très content de cette solution (qui a duré deux ans, ndlr) même si, malheureusement, cela ne permettait pas d'augmenter le nombre de profs mais juste de compléter les postes non pourvus. C'était donc un strict minimum mais ce minimum. Malheureusement, ils ne le font cette année pour la rentrée 2017. On est donc hyper inquiets car on se dit qu'ils ne sont pas en train de bosser sur la prochaine rentrée. Aucune raison ne nous a été donnée. Je pense que comme ils ne seront plus aux commandes et qu'ils le savent, ils ne se préoccupent pas de cette prochaine rentrée. Ça ne va plus être leur problème.

"Confrontés à des adultes qui n'étaient pas capables de gérer une classe"

Ils ne nous ont donnés aucune raison budgétaire ou de manque de moyens matériels, je pense que c'est strictement politique. En gros, c'est 'Après moi, le déluge'. Là, ils noient donc le poisson… On n'a pas de réponse. Ils vont laisser passer le temps et puis après ça sera trop tard et voilà…

Je ne sais pas si le niveau des enseignants baisse mais quand on est confrontés à des adultes qui arrivent via Pôle Emploi, qui n'ont même pas eu d'entretien, ni de formation, évidemment qu'ils ne sont pas qualifiés pour enseigner. C'est un métier l'enseignement. C'est sûr que l'on a été confrontés à des adultes qui n'étaient même pas capables de gérer une classe, de la faire descendre dans la cour sans que cela ne pose problème. Ils ne sont pas enseignants donc évidemment qu'ils ne sont pas au niveau.

Pour apprendre à enseigner, il faut une formation. Le concours permet d'avoir des gens qui parlent et écrivent le français mais qui ne savent pas forcément enseigner. Il faut donc une formation plus longue. Il ne suffit pas d'avoir une licence ou une maîtrise pour devenir enseignant. Et aujourd'hui, c'est un peu ce que l'on demande sans se poser la question des compétences en termes de pédagogie. Enseigner, c'est donner envie aux enfants d'apprendre. Ce n'est donc pas inné, ça s'apprend.

"On sait que ça va craquer"

Pour être claire, même si on prenait des gens qui ont 10/20, je ne suis pas sûre que cela donnerait des très bons enseignants s'il n'y pas une formation après et un accompagnement de ces enseignants. Aujourd'hui, les jeunes qui viennent d'avoir leur concours sont balancés directement devant les classes, avant même d'avoir commencé leur formation. Celle-ci commence en octobre pourtant ils sont dès septembre devant leur classe.

Et même ces lieux de formation des futurs enseignants manquent de moyen pour former. Le contenu des cours ne paraît pas être complètement adapté pour des jeunes qui peuvent se retrouver face à des classes compliquées. On n'a pas l'impression qu'ils ont complètement les outils pour y faire face.

On est vraiment inquiets à propos de la prochaine rentrée. Aujourd'hui, il y a à peu près les remplaçants nécessaires, on est donc plutôt content de cette rentrée. Même si on sait que ça va se dégrader. Je pense que quand on va avoir les grosses épidémies de grippe, ça va craquer. Parce que ça craque toujours. Parce qu'ils ne savent pas gérer un truc en prenant un peu de marge de manœuvre donc malheureusement on sait que ça va craquer".

propos recueillis par Maxime Ricard