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Fissures, évacuations, effondrements… nos immeubles sont-ils vraiment sûrs?

Après l'effondrement de deux immeubles à Lille, il y a deux semaines, l'inquiétude sur l'état des bâtiments français se généralise chez les élus en même temps que les évacuations d'immeubles en péril. Entre réchauffement climatique, urbanisation galopante hors des centre-villes et mauvais entretien, zoom sur les causes de ces effondrements.

Deux semaines après l’effondrement de deux immeubles en plein centre-ville de Lille, la moindre fissure dans les murs des bâtiments est particulièrement scrutée, partout en France. Les cas d'évacuations ne cessent de fleurir au gré des vérifications: Marseille, Douai, ou encore Lille, où trois immeubles ont été évacués ce dimanche. L'inquiétude gagne les élus. À Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), 70 personnes ont été évacuées il y a une semaine.

"Des fissures étaient apparues. Il y en a une qui part du sous-sol et va jusqu'au dernier étage, dans un mur porteur en béton armé" raconte le maire de la ville, Charles Aslangul.

Il explique que les locataires de cet immeuble entendaient "des bruits de craquements": "On a envoyé un expert: il y avait un danger de péril imminent." Le maire doit alors prendre une décision rapidement et les événements des derniers jours lui reviennent rapidement en mémoire: "J'avais évidemment en tête ce qui s'était passé à Lille, quelques jours plus tôt. J'ai donc préféré évacuer des familles en plein milieu de la nuit et générer une angoisse plutôt que d'apprendre plus tard un drame", explique-t-il.

Le maire a déjà demandé au bailleur social en charge de l’immeuble de vérifier les autres bâtiments qu’il gère dans la commune et va reproduire la même demande aux autres bailleurs sociaux de la ville.

Le risque des logements insalubres

Il y a aussi la question des logements insalubres et donc à risque. Dans ces cas-là, c’est la faute des propriétaires ou des bailleurs qui ne veulent pas engager des travaux. A Marseille, dans l’affaire de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, le bailleur social Marseille Habitat est mis en examen. À Saint Denis, la lutte contre les marchands de sommeil a été érigée en priorité par la mairie. Dans la ville, 4.500 immeubles sont jugés potentiellement à risque soit un cinquième du parc privé.

Dans le département du Nord, 70.000 logements sont considérés comme insalubres, selon les chiffres de la préfecture donnés ce vendredi. Enfin, à Paris, 148 immeubles en péril ont été recensés l’année dernière, un chiffre en baisse. La mairie explique cette tendance par sa politique de fermeté envers les propriétaires: elle fait les travaux elle-même, puis elle envoie la facture aux propriétaires.

Pourquoi de telles fissures?

Les causes de ces fissures sont multiples. À Bordeaux par exemple, trois immeubles s’étaient écroulés en juin 2021, à plusieurs jours d’intervalle et sans faire de victimes. Depuis des dizaines d’immeubles ont été évacués à divers endroits. La raison pourrait tenir du fait que la ville est construite sur des sols marécageux, des affluents de la Garonne, ce qui pourrait expliquer l’instabilité de certains bâtiments. La ville a lancé une vaste étude sur le sujet dont les conclusions ne sont pas encore connues.

L'impact du changement climatique...

Ce qui est certain, c’est que l’instabilité des sols est un facteur de risque, d’autant plus avec le changement climatique. Certains sous-sols sont argileux. Au gré de l'humidité et des précipitations, le sol va soit se gonfler d'eau, en cas de fortes pluies, ou se contracter avec l'évaporation, en cas de sécheresse. C'est ce qu'on appelle le "retrait-gonflement des sols argileux" ou RGA.

Avec les canicules de plus en plus nombreuses, le retrait d'argile devient de plus en plus fréquent et peut provoquer des ruptures de canalisations, disloquer des dallages, faire se détacher balcons et terrasses, distordre des portes, des fenêtres ou encore créer des fissures même dans les murs les plus solides. Parmi les régions les plus concernées, l'Île-de-France et notamment le département de la Seine-Saint-Denis.

"Avant, on se disait qu'on pouvait construire partout, on sait le faire techniquement. Aujourd'hui, on réaménage en prenant conscience qu'on a des sols, des sous-sols, qui bougent et le réchauffement climatique nous le rappelle." explique Christine Leconte, présidente de l’ordre national des architectes.

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... et des politiques d'urbanisme

Le réchauffement climatique a un rôle, mais ce n'est pas le seul facteur de risque. Les politiques d’urbanisme ont aussi un rôle de par la facilitation "de l'étalement urbain et la désertification progressives des centres-villes" explique Christine Leconte. "Aujourd'hui, nos villes moyennes peuvent avoir un bâti plus vétuste parce que moins entretenu ou vacant." Et même dans les grandes villes. À Paris on compte 117.000 logements vacants, Marseille, 36.000, Nantes et Bordeaux autour de 10.000.

Que faire en cas de fissures?

Si vous constatez des fissures dans votre immeuble, il faut d’abord alerter le syndic qui pourra faire intervenir un expert, notamment si elle fait plus de 2 millimètres de large. En cas de forte inquiétude - comme à Lille ou à Bry sur Marne - vous pouvez vous rendre en mairie qui? après avis d’expert peut prendre un arrêté de péril imminent. A Paris, il est même possible de faire appel directement aux architectes de sécurité. Ce corps de métier unique en France dépend de la préfecture de police de la capitale.

Martin Cadoret avec Maxime Martinez