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La rentrée, source d’angoisse? Quelques conseils pour assurer un retour sain au travail

Le mois d’août touche doucement à sa fin, le temps se rafraîchit encore plus doucement… Oui, la rentrée est proche. Une échéance qui ne donne pas forcément le sourire à tout le monde.

La troisième, c’est la bonne? Peut-être pas. Gâchée ces deux dernières années par la pandémie de COVID-19, la rentrée s’annonce difficile pour beaucoup de Français cette année encore : guerre en Ukraine, inflation galopante et pouvoir d’achat au plus bas, le retour à la réalité du quotidien peut s’avérer brutal.

Les crises sanitaires et économiques amplifient les réflexions existentielles et les remises en question. On s’interroge davantage sur le sens de notre vie et de nos choix personnels et professionnels. Et si, en temps normal, la reprise s’accompagne souvent d’un petit coup de blues, cette année la rentrée rime avec déprime, notamment chez les jeunes.

Au-delà du stress qui monte à l’approche du mois de septembre, les 16-25 ans n’ont jamais été aussi anxieux pour leur futur. Selon un sondage réalisé par l’institut Kantar, 75% d’entre eux ont peur de l’avenir.

Eco-anxiété, insécurité et difficulté à se projeter dans l’avenir, les sources d’angoisse sont nombreuses pour des jeunes qui se sentent abandonnés par la classe politique. En effet, 65% des sondés estiment que le gouvernement ne s’est pas montré à la hauteur pour les aider.

La rentrée scolaire est aussi une source d’inquiétude pour les parents. Avec une inflation à plus de 6% en juillet, le prix des fournitures scolaires va augmenter de 10 à 25% par rapport à 2021. Même si l’allocation de rentrée scolaire va augmenter de 4% cette année grâce à la loi Pouvoir d’achat, difficile de contenir l’anxiété et le stress à mesure que le mois de septembre se rapproche.

Reprendre en douceur, fixer des caps

La fin des vacances sonne souvent comme une déception, un douloureux moment de retour à la réalité vers un quotidien partagé entre travail et obligations. La pénibilité au travail se lie naturellement à cet aspect sensible de la rentrée, notamment pour les employés du tertiaire selon la sociologue Catherine Lejealle.

“Ce retour à la vie au clavier est difficile parce que les vacances c’est la vie au soleil, c’est la liberté, c’est un changement de rythme. Il y a eu le COVID, le télétravail, et une pénibilité pour tous ces salariés du tertiaire qui n’est pas forcément reconnue dans les représentations sociales”

Elle estime d’ailleurs que cette représentation du besoin “de s’arrêter, d’arrêter le corps humain pour reconstituer la force physique” doit désormais être “transposée sur nos métiers du digital, nos métiers sédentaires”.

Comment donc assurer une reprise en douceur, pour éviter la brutalité d’un retour au travail empreint de tâches et de responsabilités à assumer? Pour la psychologue du travail Daphnée Breton, dans la mesure du possible, “il faut essayer de ne pas reprendre sur une semaine entière. Aussi, il faut éviter de rentrer de vacances la veille de la reprise du travail”.

“Il vaut mieux essayer de se garder quelques jours pour essayer de reprendre un rythme de la vie quotidienne avec des horaires un peu plus stables, de faire attention à sa qualité de sommeil”

La psychologue pense aussi que “pour éviter de rester dans une posture de deuil par rapport à une période qu’on a aimé, apprécié, il faut essayer de planifier des vacances prochainement (...)”. En effet, “il n’est pas forcément très bon d’avoir des périodes très intenses de travail pendant plusieurs mois puis d’avoir une pause très importante pendant la période estivale”.

Enfin plus globalement, sur la question du bonheur de chacun vis-à-vis de sa situation personnelle, mais aussi professionnelle, Daphnée Breton évoque “une problématique de la place que l’on a envie de donner au travail” dans sa vie.

Pour elle, “notamment en France, la place du travail est centrale. Elle est tellement centrale qu’on arrive à des situations de souffrance au travail qui vont au-delà même de la sphère professionnelle”.

“Il faut essayer de remettre le travail à sa place, qu’il ne prenne pas l’entièreté de notre temps, à la fois notre temps cognitif et physique, pour pouvoir avoir du temps et faire des activités sportives, pour faire des courses et avoir une alimentation saine, pour avoir une vie sociale développée, pour avoir une vie familiale qui corresponde à ce dont on a envie d’avoir”

Et si jamais des angoisses liées à cette rentrée apparaissent, il ne faut pas minimiser ces sentiments tout à fait sains. Quel que soit l'âge qu'on a, il ne faut surtout pas hésiter à en parler avec ses proches, ou avec un professionnel de la santé.

Guillaume Charpin et Alexis Lalemant