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10h de nuit travaillées = 1,50 euros de surprime: les infirmières "se sentent méprisées"

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Les infirmières viennent d'apprendre que la revalorisation de la prime de nuit promise par la ministre de la Santé Marisol Touraine s'élèverait à 1,50 euros net pour 10 heures travaillées, soit 15 centimes de plus par heure. Une majoration "ridicule", dénonce sur RMC.fr Nathalie Depoire, présidente de la Coordination nationale des infirmières (CNI).

Nathalie Depoire, est infirmière à l’hôpital Belfort-Montbéliard, en Franche-Comté, et présidente de la Coordination nationale des infirmières (CNI), un des syndicats de la corporation.

"La dernière revalorisation de la prime de nuit remonte à 2001. On la réclamait depuis plusieurs années. Nous demandions une revalorisation de deux point d'indices de cette prime de nuit, soit deux fois 4,68 euros bruts de l'heure. Mais Marisol Touraine, la ministre de la Santé, nous annonce finalement que la revalorisation de la prime de nuit sera de 1,50 euros net en plus pour 10h travaillées, soit 15 centimes de plus par heure de nuit travaillée! C'est une majoration ridicule.

"Nous travaillons à perte"

Nous ne réclamons pas une prime pour une prime, nous avons besoin d'une réelle revalorisation, ne serait-ce que pour couvrir les frais de garde de nos enfants. C'est déjà difficile de trouver une nounou qui accepte de garder nos enfants la nuit, alors si on ne nous donne pas les moyens de les payer, cela veut dire que nous travaillons à perte. Les nounous, elles, prennent une majoration de 4 à 5 euros de l'heure.

D'accord, la note pour l'Etat va être lourde, mais ce ne sont pas les professionnels qui sont responsables de la non-augmentation de la prime depuis 2001. C'est complètement inadapté. Dans n'importe quelle entreprise du secteur privé, la prime de nuit, ce n'est pas ça. Nous ne demandons pas l'aumône, mais une prime décente qui nous permette de rémunérer le mode de garde.

"Une souffrance au travail"

Non seulement la valorisation est insuffisante, mais en plus elle sera limitée aux personnels qui travaillent dans les secteurs d'urgences et de soins intensifs, et pour les personnels qui alternent jour et nuit. Cela veut dire que pour les personnels des autres services, il n'y a pas de majoration de la prime de nuit. Pourtant, croyez-moi, dans les services de médecine, chirurgie, ou gériatrie, quand une infirmière doit gérer 30 patients la nuit, c'est très difficile. Ne pas rémunérer les personnels de ces services, c'est vraiment inadmissible.

Nous avons le sentiment d'être méprisés, de ne pas être reconnus pour le travail qui est fait. Les contraintes sont de plus en plus lourdes, de nuit comme de jour. Nous avons de moins en moins les moyens de travailler correctement, il y a une souffrance qui s'exprime. Les suicides d'infirmiers ont été médiatisés mais on n'a rien vu venir pour améliorer la situation."

Propos recueillis par Philippe Gril